Francine Minguez partage son temps entre Montréal et Saint-Hippolyte. Cette année, en septembre, elle a fait paraître son nouveau livre de poésie, qu’elle a dédié à sa mère Teofila, de qui elle a tant appris, et qui s’intitule Une pluie de pivoines. Ce livre est publié par les Éditions du Tanka francophone. Qu’est-ce qu’un tanka, me direz-vous?
Je crois que Francine est la mieux placée pour l’expliquer. Ce qui suit est un extrait de son livre Tant qu’à t’aimer si fort… récit et poésie contemporaine, paru en 2018 :
« D’inspiration japonaise, le tanka est plus lyrique et compte deux vers de plus que le haïku, dont il est l’ancêtre. Souvent, les syllabes se répartissent en vers de 5-7-5-7-7 pieds, mais là ne réside pas l’essentiel. »
Les trois premiers vers se manifestent comme une observation, faisant appel aux cinq sens. Les deux lignes qui suivent ressemblent davantage à une réflexion où l’émotion et la sensibilité de l’auteur peuvent être ressenties. Ce qui nous laisse avec un poème court, mais qui est fluide, musical et dont l’ensemble est harmonieux permettant souvent au lecteur d’être touché par ce qu’il lit. En voici un exemple qui a donné le titre au livre de Francine Minguez :
Pluie de pivoines
ou neige rosée de pétales
sur l’herbe alanguie
Éluard en folles fragrances
la beauté s’éparpille
Ses poèmes sont des bijoux
Francine Minguez est passée maître dans l’écriture des tankas. Sa maîtrise de ces bijoux poétiques nous ravit. Sa sœur Nicole Minguez a illustré son livre par de remarquables aquarelles. Ces images ainsi que les mots de Francine nous font voyager et aussi rêver. Même si Francine écrit des tankas depuis environ 15 ans, elle est une autrice acharnée qui ne se contente pas de la facilité. Elle ne retiendra jamais son premier jet, elle relit et retravaille ses poèmes après les avoir déposés, parfois pendant plusieurs mois. Ses œuvres ressemblent à des pierres précieuses qui ont été polies pour retrouver enfin tout leur lustre.
Avant l’entrée en matière du sujet principal, Francine propose quelques-unes de ses réflexions à des lycéens français qui lui avaient posé plus d’une vingtaine de questions en 2018 et pour lesquelles elle a trouvé des réponses inspirantes. Voici ce qu’elle dit aux lycéens sur ce qu’est un bon tanka : « Un tanka qui me touche c’est une présence. Avant l’écriture du tanka aussi, il y a une vie dense, et des vies qui dansent. Puis que des mots. Un tanka c’est un poème vivant. »
Choisir le mot approprié
Je voudrais laisser la place à la plume de Francine Minguez, une femme de cœur, remplie de bonté et de générosité. Elle a un talent fou, sait choisir le mot approprié dans un contexte qui est le sien et qu’elle nous fait découvrir. J’ai vraiment l’impression de devoir m’arrêter et réfléchir après avoir lu un de ses poèmes, un de ses tankas. Je grandis intérieurement en les relisant plusieurs fois…
Pas le temps
jamais seuls les papiers
se froissent
court le monde
au plus court
Sursaut brusque
à l’aube débusquant
les trois mûres restantes
le cardinal strident
dénonce mon larcin
Je t’aime parce que
je t’aime et il n’y a pas d’car
de char ni d’avion
de moteur à propulsion
comme les ailes des papillons
Je vous recommande aussi son roman : On meurt d’amour, doucement, publié en 2021 aux éditions de l’Instant même. Ce livre est disponible via leslibraires.ca ou en le commandant dans toute bonne librairie.


