
Les ornithologues, qu’ils soient amateurs ou professionnels, sont toujours aux aguets pour découvrir une espèce d’oiseau jamais vue auparavant. En anglais, il existe une expression consacrée pour nommer une espèce vue pour la première fois. On dit un lifer! En français, l’expression recommandée est : prime-coche!
Le vendredi 9 janvier, une résidente de l’avenue Rougemont1, Sabrina Jacob, a entendu un oiseau chanter etl elle n’en reconnaissait pas le chant. Elle était sortie pour déposer quelque chose dans sa poubelle. Et, comme par enchantement, cet oiseau s’est pointé devant elle. Comme elle s’intéresse à l’ornithologie depuis quelques années, elle a bien compris que cet oiseau n’était pas une espèce qui réside au Québec. Elle a même pu l’identifier comme étant un Rougegorge familier, un oiseau européen. Elle a ensuite communiqué sa découverte sur le site eBird2. Le lendemain et les jours qui ont suivi, des dizaines d’ornithologues intrigués et en quête d’un lifer, se sont précipités sur l’avenue Rougemont dans l’espoir de pouvoir croiser cet oiseau. À la mi-janvier, le Rougegorge familier était toujours au poste, dans des thuyas ou des bosquets jouxtant le mur pare-son qui sépare le quartier de la rue Notre-Dame.
La question qui se pose sans cesse, c’est comment cet oiseau a-t-il parcouru 5000 km afin de se rendre à Montréal, dans un centre urbain? Samuel Denault, un ornithologue chevronné qui a coécrit le Guide de poche Oiseaux du Québec et du Canada, pense que l’oiseau rare a quitté le mauvais temps au nord de l’Europe pour profiter des vents favorables et aboutir, au bout du compte, tout près du port de Montréal!

Rougegorge Familier, photo : Alain Gadbois
Il faut préciser qu’à la fin du mois de décembre, la tempête Johannes a frappé de plein fouet la Scandinavie, particulièrement la Suède et l’ouest de la Finlande. Les Rougegorges familiers qui séjournent en Scandinavie n’y demeurent pas toute l’année. Ce sont des migrateurs qui peuvent passer la saison froide au sud de l’Europe au bien au nord de l’Afrique. Le mauvais temps de la fin décembre avec son lot de vents violents l’a sans doute conduit, malgré lui, jusque chez nous.
Des noms pas toujours exacts
Pour les non-initiés, le rougegorge est le nom utilisé ici pour décrire le Merle d’Amérique. Un peu comme les outardes, les pinsons et les fauvettes, les premiers Français arrivés au XVIe siècle par bateau ont colporté les noms de plantes et d’animaux qu’ils connaissaient pour les avoir vus en France… Aujourd’hui, on sait que les outardes sont des bernaches, que les pinsons sont devenus bruants et que les fauvettes sont maintenant des parulines! Il faut tout de même respecter la génétique et la classification des espèces afin de mettre à jour nos connaissances.
Rougegorge familier, un oiseau de la famille des Turdidés
Lorsque j’ai voyagé au Portugal, il y a tout près de 10 ans, j’avais observé plusieurs oiseaux pour la première fois de ma vie. Ce fut le cas pour le Rossignol philomèle, un oiseau nocturne au chant envoûtant. Les rossignols, tout comme le Rougegorge familier, font partie de la famille des Turdidés qui comprend, au Québec, les grives et les merles. Les oiseaux de cette famille sont souvent de bons chanteurs. Ils recherchent leur nourriture au sol comme des lombrics et des insectes et ils peuvent compléter leur alimentation en cueillant de petits fruits à même les arbres et arbustes. Le Rougegorge familier apprécie les gastéropodes (limaces, escargots), les vers et les insectes. Notons que ce visiteur inusité est beaucoup plus petit qu’un Merle d’Amérique. Le merle peut mesurer 25 cm, tandis que le Rougegorge familier ne dépasse pas 14 cm de longueur. Chez le mâle comme chez la femelle, remarquez le plastron orangé qui couvre toute la poitrine et la face de l’oiseau. Il a beau être petit, mais il est d’une beauté saisissante.
Ma prochaine chronique portera sur une espèce ou un paysage costaricain. En effet, je serai en voyage jusqu’à la mi-février et aurai le temps de rédiger ma prochaine chronique pour la parution de mars.
1. L’avenue Rougemont est située dans l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, à l’est du centre-ville de Montréal.
2. eBird est un projet du Cornell Laboratory of Ornithology et est soutenu entièrement par des contributions, des commandites et des dons. La Société Audubon est le partenaire fondateur de ce projet.

