Une course qu’on ne veut pas perdre

pixabay richards drawings

La fameuse course contre la montre.

Les aiguilles s’affolent, les minutes passent, puis les heures, les jours, les mois…

À coups de fin de semaine, une saison passe en coup de vent.

L’été? Où ça, l’été?

Une jeune cousine me racontait récemment qu’elle a décidé de ralentir. Encore les deux pieds dans cette quarantaine bénie, elle a changé d’emploi pour un moins stressant. Elle s’est acheté un chien. Elle veille sur ses garçons, déjà presque adultes et voyage, pense à elle, prend le temps de vivre. Si je l’envie? Nooonnn. J’en suis FURIEUSEMENT JALOUSE!!

On ne peut certes pas comparer nos vies. Il n’y a pas deux familles semblables; les carrières, l’argent, les priorités rendent chaque cellule familiale unique. Je ne changerais pas de vie avec celle de mon adorée cousine, puisque cette vie, je l’ai choisie. Avec mon homme, nous l’avons façonnée au gré des années de sorte qu’aujourd’hui, somme toute, nous menons une belle vie. Mais…Ralentir? Oui, mais comment?     Nous avons choisi d’avoir trois enfants. Nous avons choisi d’accueillir mes parents sous notre toit. Idem pour mon projet d’ouvrir un café, idem pour les aspirations professionnelles du mari. Donc, on assume.

Dans le détail du quotidien, cependant, il arrive que ces choix de vie nous épuisent. Après une journée éreintante, où je rentre fourbue dans une maison accueillante, je soupe en bonne compagnie pour ensuite abattre encore un peu de travail à l’ordinateur (comptabilité et administration obligent). En même temps, je reste disponible pour la tribu… au cas. Je m’impose une heure de coucher, que je finis toujours par dépasser. La semaine passe à ce rythme, les fins de semaine inexistantes, car je suis au poste sept jours à la barre du café. Et un soir où mes genoux me rappellent douloureusement mon âge, j’ai un petit moment de doute. Et si je laissais tout tomber? Et si moi aussi, je changeais de métier?

Plus de temps pour ma famille. Plus de temps pour moi. Moins de stress financier. Moins de gestion de crise. Ne plus être femme d’affaires. Seulement redevenir une femme, une épouse, une mère. C’est franchement tentant. Je sais très bien que je n’ai pas à me plaindre : quand on se compare, on se console, non? Mais cette citation n’enlève pas la fatigue du corps ou l’épuisement mental.

Avec la rentrée qui s’annonce, les défis de mon métier et ceux de la famille, je me rends compte que je dois adapter mon rythme si je ne veux pas défaillir. Il ne m’est pas possible pour le moment de tout envoyer valser et de changer de profession. Mais au jour le jour, je travaille à me créer de petites oasis de paix dans ma tête. Me libérer du temps pour mes amours. Travailler tout autant, mais mieux organisée, afin d’éviter un essoufflement que je regretterais. Je n’ai pas encore trouvé toutes les solutions et, encore moins, je ne sais pas si ces menus changements feront une différence. Mais ce que je sais, c’est que je dois tenter quelque chose. Moins de cappuccino et plus de thé vert? Me coucher une heure plus tôt? M’obliger à ignorer l’ordinateur au moins deux soirs par semaine? Mettre à l’agenda une activité spéciale avec chacun de mes enfants une fois par mois? Manger plus de pommes et moins de chocolatines?

Je suis suspendue à la grande aiguille et je suis étourdie. Si je pouvais sauter sur la petite aiguille pour mieux voir le temps qui passe. Au final, le temps gagne toujours. Nous ne sommes pas immortels et la course est perdue d’avance. Il aura toujours le dernier mot. Nous serons toujours deuxièmes sur le podium. Cependant, il nous revient de choisir de quelle façon nous passerons le temps, car il nous fait peut-être vieillir et nous pousse vers demain sans émotion. À nous de passer le fil d’arrivée avec le sourire; essoufflés, certes, mais avec la satisfaction d’avoir vécu, et surtout d’avoir aimé.

Auteur de l'article