Quand le baroque rit…, sourit ou pleure

Le public prévostois a eu droit à une prestation enchantée… de flûte le samedi 4 juin en soirée, sous l’égide de Diffusions Amal’Gamme. Le quatuor Flûte Alors!, amputé ce soir-là d’une de ses membres, Caroline Tremblay, empêchée par une fausse note sanitaire, nous a offert Les Baroqueries, un régal de pièces pour flûte à bec.

 

Le groupe s’est formé à la toute fin du millénaire dernier. Les membres sur scène comprenaient Alexa Raine-Wright, musicienne polyvalente et arrangeuse, Marie-Laurence Primeau, flûtiste, enseignante et danseuse baroque, et Vincent Lauzer, lauréat de plusieurs prix nationaux et internationaux. Tous trois se joignent occasionnellement à d’autres ensembles musicaux existants. Le trio forcé n’a pas lésiné sur les moyens pour dévoiler à nos oreilles et sous nos yeux l’univers plutôt vaste de la flûte à bec. On est quand même loin de la modeste flûte scolaire dollaramique.

 

Le concert

L’étalage musical en kaléidoscope a parcouru les époques du Moyen Âge et de la Renaissance jusqu’à la période contemporaine, en passant par le classicisme, pas nécessairement dans l’ordre. De sept courtes œuvres de l’Anglais Giles Farnaby (1560-1640), nous avons sauté aux Barricades de Matthias Maute (né en 1963 en Allemagne), puis avons côtoyé Telemann dans une sonate aux quatre arias. Une incursion ensuite dans le décor d’un marché africain de l’Allemand Soren Sieg (né en 1966) nous mène à l’entracte.

 

Redémarrage avec une composition religieuse espagnole anonyme du 14e siècle, un hommage à la Vierge resplendissante, on a poursuivi avec un lamento de La belle se sied (au pied de la tour d’où son amoureux sera pendu le lendemain). Nous ont été offertes dans la foulée trois pièces religieuses du maître du classicisme Johann Sebastian Bach. Maute revient à l’honneur dans un concerto pour trois flûtes en trois mouvements. Une œuvre rythmée, Kadanza, du compositeur contemporain Willem Wander van Nieuwkerk (né aux Pays-Bas en 1955) a clos le spectacle musical fort apprécié des mélomanes. Les musiciens interprètes ont tout au long du spectacle une aisance désarmante, atteinte sans doute au prix d’efforts répétés et une bonne dose de talent latent. Indubitablement ils ont su accorder leurs flûtes avec éclat et brio.

 

L’instrument

L’instrument, au-delà de la conception populaire limitative, se décline en plusieurs formats et couvre un éventail de tonalités, depuis la « voix » claire des versions soprano et alto que vient étoffer la version ténor, jusqu’à la basse et la grande basse, aux vibrations bien senties, un peu comme leurs équivalents chez les cordes, violoncelle et contrebasse. Mais à la différence de ces derniers activés par la main et l’archet, les flûtes, dans les sons très bas de (la) gamme, font appel à la bouche et sont mues par le souffle humain.

 

Flûte, tous azimuts

La flûte à bec se prête à une variété d’environnements ou de cadres d’expression. Elle peut servir de toile de fond à des scènes pastorales, élégiaques, à des chants profanes ou des hymnes religieux. La flûte à bec permet de rendre une grande palette d’émotions et de sentiments. Tantôt elle est enjouée et sautillante tantôt elle évoque la tristesse ou l’amertume, parfois elle se fait incantatoire, trépidante, échevelée. À l’occasion, on assiste à un trialogue entre trois instruments qui se répondent et correspondent. Elle se veut enjouée, primesautière, cajoleuse, élégante, et plus encore…! À bon entendeur! Zut alors! J’allais oublier… un triple bravissimo à ce trio, aux doigts agiles et au souffle sans cesse renouvelé

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