Plaidoyer pour la fonge

Omphale en clochette
Crédit photo : Flickr.com

F-o-n-g-e, vous avez bien lu. Ce terme existe depuis le 19e siècle, mais nous commençons tout juste à en entendre parler dans les médias grand public. Quand les écologistes nous interpellent sur l’importance de la biodiversité, ils parlent désormais de protéger la faune, la flore et… la fonge1.

Tiré du latin fungus, la fonge constitue l’ensemble des espèces de champignons d’un lieu ou d’un milieu déterminé. Ce terme équivaut à flore pour les plantes. Au niveau taxonomique, la fonge constitue un règne en soi au même titre que les règnes animal et végétal. C’est un groupe d’organismes extrêmement diversifié qui compterait plus de deux millions d’espèces dans le monde.

Une des grandes batailles écologiques actuelles est de lutter contre la chute de la biodiversité. Nous connaissons tous des espèces d’animaux qui sont menacées : le béluga, le carcajou, la petite chauve-souris brune ou la rainette faux-grillon de l’Ouest. On connaît moins les plantes menacées. L’ail des bois est probablement la mieux connue, mais il existe une foule d’autres végétaux menacés ou vulnérables au Québec. Mais qui, à part les mycologues, pourrait nommer un champignon menacé?

La fonge reste encore mystérieuse

La fonge est très peu connue. On estime que seulement 10 % de tous les champignons du monde ont été documentés. Au Québec, 70 % de la fonge est documentée (surtout la fonge du sud de la province), mais 55 % de ces espèces ne sont pas évaluées. Lesquelles sont en danger? Lesquelles devrait-on protéger en priorité?

Les champignons sont aussi sensibles que les plantes et les animaux au déboisement, à l’urbanisation et à la pollution, mais les données manquent pour évaluer leur statut. Le gouvernement du Québec n’a aucune liste des champignons menacés ou vulnérables. Et quand vient le temps de développer des politiques de conservation, la fonge est complètement occultée. Par exemple, dans le Cadre mondial de la diversité de Kunming, qui a été adopté à Montréal en 2022 lors de la COP15, il n’y a pas de référence à la fonge. Autre exemple, le Plan nature 2030 du gouvernement du Québec, qui a comme objectif de conserver la biodiversité, ne fait aucune mention des champignons.

La fonge, base de tout écosystème

Pourtant, la fonge est un pilier des écosystèmes. Elle permet aux plantes de pousser en leur fournissant azote et phosphore (la vaste majorité des champignons sont souterrains et vivent en symbiose avec les plantes), elle garde les sols en santé et les protège de l’érosion, elle décompose les polluants environnementaux (pétrole, métaux lourds, pesticides), elle renforce les défenses des arbres contre les maladies et les parasites, etc. Elle est donc un maillon essentiel à la biodiversité en plus d’être un élément important dans la lutte contre les changements climatiques, puisqu’elle séquestre à elle seule le tiers des émissions mondiales annuelles de carbone issues des combustibles fossiles. Rappelons aussi en passant que certains champignons font partie du processus de fabrication de nombreux médicaments, dont la pénicilline.

Face aux lacunes des connaissances concernant un élément vital de nos écosystèmes, des organismes comme Nature Québec, la Société pour la nature et les parcs du Canada, section Québec (SNAP) et Mycosphaera se sont donné comme mandat de faire connaître la fonge et son rôle écologique et de sensibiliser les décideurs au manque de données qui nous permettrait de mieux les protéger. Mycosphaera en particulier est un OBNL créé en 2025 dédiée à la conservation et à la protection des champignons. Elle veut, entre autres, « inspirer une nouvelle génération de chercheurs, biologistes et écologistes » pour que la fonge soit reconnue et protégée au Québec et au Canada.

1 Il existe quatre autres règnes : Archaea, Bacteria, Protozoa et Chromista

Sources d’informations pour cette chronique :

–  Faune, flore et fonge : quelle place pour les champignons en conservation au Canada et au Québec?, conférence web présentée par Mycosphaera sous l’égide du Réseau des milieux naturels protégés youtube.com/watch?v=ztB4bPomm6k

–  La faune, la flore… et la fonge, elle? Les champignons : nos alliés oubliés de l’environnement et du climat, Florence Tison, Urbania, 2 mars 2026 urbania.ca/article/la-faune-la-flore-et-la-fonge-elle

Défi Pissenlits

Au mois de mai, n’oubliez pas de laisser votre tondeuse à gazon dans le cabanon et relevez le défi pissenlits! Le Défi Pissenlits « est une initiative québécoise qui invite les citoyennes et citoyens ainsi que les organisations à retarder la tonte du gazon au printemps pour offrir nectar et pollen aux pollinisateurs. Ce geste simple favorise la survie de ces espèces essentielles à la biodiversité et à notre alimentation et sensibilise la population aux enjeux environnementaux. » defipissenlits.ca

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