Francoise et Bernard en 1932, leur voyages de noces au lac Memphrémagog

En ce beau mois de mai, c’est l’anniversaire de ma mère et la Fête des Mères. Et sa fête, à ma mère, le 12 mai, coïncidait souvent avec le dimanche de la Fête des Mères. La famille au complet se réunissait autour de la table bien garnie. C’était un moment joyeux : ma mère, Françoise, se laissait fêter et nous, les enfants, faisions tout pour lui rendre cette journée mémorable.

Ma mère est née en 1910, à Saint-Hyacinthe… Elle aurait 116 ans! Son parcours de vie a été assez comblé de joies, de peines et de grandes émotions. Ses parents, Eugène Collette et Pauline Cartier, ont fondé une famille de quatre enfants. Son frère Lambert, curé à Sorel et Granby, et ses deux sœurs, Marie-Paule, mariée à Lorenzo Caron et Lucille, épouse de Marcel Rousseau. Ma mère, mariée en 1932 à mon père, Bernard Benoit, a fondé une nombreuse famille : en effet, huit enfants sont nés entre 1933 et 1950. Une époque fertile en tout point de vue. La religion y jouait un certain rôle… c’était une affaire entre elle et son mari et le clergé, très actif dans ces années-là.

Un couple aimant et aimé de tous

Ce fut pour elle des responsabilités vites apprivoisées. Mon père, sur la route la plupart du temps, était le pourvoyeur… comme on disait dans le temps. Les assurances étaient toute sa vie, et maman, elle, s’occupait de la maison, des enfants, gérait une tribu à la fois animée, docile, et parfois turbulente. Avec quatre garçons et quatre filles, il n’y avait pas de temps morts. L’aînée, Collette, était d’une aide précieuse. Quand je suis née, ma sœur aînée avait déjà 17 ans.

1952, arrivée à Montréal

Maman a vécu d’abord à Saint-Hyacinthe, ensuite, direction Trois-Rivières, Lévis, où j’apparais en 50, pour aboutir à Montréal en 1952. Une grande maison à Notre-Dame-de-Grâce nous a tous accueillis. Une chambre pour les quatre frères, Jacques, Pierre, Michel et Jean et les quatre filles, Collette, Madeleine, Francine et moi, on se partage deux chambres. Papa et maman occupent la chambre des maîtres, plus grande, avec salle de bains attenante. Nous nous installons dans la joie de vivre dans la grande ville de Montréal. À deux coins de rue de là, tante Fleurette, la sœur de mon père, est une belle-sœur des plus invitantes, ce qui fait bien l’affaire de ma mère. Moi, Loulou (mon p’tit nom) la p’tite dernière irait souvent se faire garder.

Françoise vit sa vie de mère, d’épouse comme il se doit. Elle a cette qualité de bienveillance, de générosité et, je dirais même que son rôle de femme au foyer se joue à la perfection. Son cercle d’amis de couple, et d’amies s’agrandit de jour en jour. Mon père, qu’elle attend tous les soirs près de la fenêtre du salon, est travaillant et très présent tout de même les soirs de semaine et les fins de semaine. Elle l’appelle affectueusement Minou! Maman et papa s’occupent bien de nous tous et on s’émancipe à leur contact.

Vie mondaine et bénévolat

Ma mère est très élégante. Son goût pour la mode est bien simple, mais elle a un don : elle déniche toujours des vêtements chics et pas chers qui lui vont à merveille. Une époque où s’habiller avec classe est primordial. Et au bras de mon père, Françoise est souvent admirée et par ses propres enfants et par ses amis. Elle adore sortir, aller au théâtre, du Rideau-Vert, entre autres. Et elle fera beaucoup de bénévolat : des activités spéciales pour l’Afrique où une de ses filles a vécu, aussi, elle passera du temps avec de jeunes enfants à la garderie Les Mioches de son quartier. Ses proches amies, Denise Gravel, Françoise Trudel, Alice Pariseau, seront pour elle de merveilleuses compagnes. Leurs loisirs les comblent de joie et ces liens d’amitié ne seront jamais assombris.

Grandes émotions

En décembre 1958, Françoise et toute sa famille et moi aussi, évidemment, serons bouleversées par le décès tragique de sa sœur Lucille, et six mois plus tard, de son beau-frère Marcel. D’une tristesse sans nom, cet épisode dans la vie de ma mère aura de grandes répercussions dans sa vie familiale. Il y aura des rencontres entre les oncles et les tantes, des décisions importantes seront prises concernant les trois enfants de Lucille et Marcel, Louis, Jacques et Hélène. Un conseil de famille décidera de la nouvelle vie de mes trois cousins. Dans un élan de générosité, mon père et ma mère accueilleront en 1961 Louis, 15 ans et Hélène, 9 ans. Jacques, 13 ans, ira chez un autre oncle à Roxboro. La venue de Louis et Hélène me ravira. J’ai déjà 11 ans en 1961 et Hélène a 9 ans. J’ai une petite sœur!

Cette arrivée me fera devenir protectrice de cette petite cousine qui deviendra du jour au lendemain ma Petite Sœur. Je serai fière d’elle et cela toute ma vie durant. Et tous les soirs, je lui dirai Bonne nuit… Et ma mère et mon père auront à jouer un grand rôle à nouveau : aimer et chérir ces deux enfants orphelins de leurs deux parents. Sûrement que ma mère, ébranlée, a réussi à combler et offrir ce qu’elle avait de mieux pour eux.

La maladie en 1964

C’est en septembre 1964 que les premiers symptômes de cancer surgissent chez ma mère. Cela commence par des vomissements. Et cela perdure. Un diagnostic sera prononcé quelques mois plus tard : un cancer du côlon. Maman est malade. Cette femme si forte, si présente pour tout son monde, doit être hospitalisée une première fois. Et deux autres fois par la suite. Elle sera opérée trois fois. Mon père engagera ses deux brus, infirmières, Louise Paul et Louise Leblanc, ainsi que ma sœur Francine, pour prendre soin de maman. À la maison! Le mot cancer à cette époque est un mot qu’on n’aime pas prononcer. C’est un choc total! Une maladie dont on ne connaît rien. Les émotions et les chocs émotionnels de sa vie entière ont-ils eu raison de son corps? Sans aucun doute!

Un été 65 inoubliable

Maman passera l’été 65 dehors, sur sa chaise longue! Ainsi, elle jasera comme elle en avait l’habitude avec ses nombreuses amies, avec son téléphone à ses côtés. Et toujours avec les soins de l’époque. Elle sera d’une force exemplaire. Papa sera le meilleur mari dans ces circonstances. Entourée, aimée, dorlotée de la part de tous ses enfants… elle mourra le 3 septembre 1965 à l’âge de 55 ans à la maison. En écrivant ces lignes, j’en suis encore, 61 ans plus tard, très émue et très triste. J’avais 15 ans! Les funérailles de ma mère auront durées trois jours : au salon funéraire, suivi d’une messe. Elle repose en paix à Saint-Hyacinthe.

Ma mère m’a appris à aimer les gens, à m’occuper des autres et j’ai gardé une habitude qu’elle avait : changer les meubles de place… pour toujours améliorer son décor dans la maison… ou dans sa propre vie! Le 12 mai, je penserai fort à toi, maman! Bonne fête!