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Lettre ouverte : Le gâchis du Camp Bruchési expliqué en quelques lignes


Autour de 1920, le Camp de Santé Bruchési s’installe sur la rive du lac de l’Achigan. Son histoire prend origines avec les compagnies Bell et Eaton qui utilisent le site comme un camp de vacances pour leurs employés. C’est aussi « l’âge d’or » d’une maladie appelée la tuberculose. On cherche à éloigner les enfants de milieux défavorisés de cette maladie qui court les rues de la ville. L’Institut Bruchési de Montréal s’associe au projet : on verra naître un hôpital qui deviendra ensuite un camp de vacances.

 

Le site est incroyable. Un joyau naturel, presque inestimable. Plus de 30 hectares de belle forêt et une fenêtre sur le beau lac de l’Achigan de plus d’un kilomètre avec ruisseau et plages de sable. Camp de Santé Bruchési : il s’agit d’un organisme à but non lucratif (OBNL) et il est administré par un vrai conseil d’administration (CA). Tous les ans, des centaines de jeunes profitent de ses installations. Dans les années 90, tout s’écroule. Des irrégularités dans la gestion sont évoquées. On cesse les opérations du camp de vacances pendant quelques années et une portion importante du CA démissionne. On abandonne délibérément le statut d’œuvre de bienfaisance en plus de l’exemption de taxes foncières. Les états financiers ne sont plus publiés… comme si la corporation devenait privée. Il ne reste que trois administrateurs en fonction. Et ceux-ci poursuivront un travail de l’ombre qui mènera à la liquidation des actifs.

 

Tout à coup, des rumeurs circulent qu’une communauté religieuse veut se porter acquéreur de tout le site. La municipalité vole à la rescousse. Une réserve pour fin de parc est imposée et le maire de l’époque promet que, jamais! le zonage ne sera modifié. La valeur marchande du site est faible, mais le joyau naturel subsiste. Si la valeur des actifs est difficile à estimer, elle dépasse néanmoins 5 M$ selon l’évaluation municipale d’aujourd’hui.

 

Des citoyens se regroupent dans le but de comprendre ce qui se passe. Ils tentent de l’acheter avec l’intention de conserver sa vocation. Ils cherchent l’appui de la municipalité de Saint-Hippolyte. Rien n’y fait et nos trois administrateurs rejettent catégoriquement tout changement et toute contribution de l’extérieur. Le rideau tombe définitivement et nos trois larrons ne veulent qu’une chose: un vase clos. Ils désignent un opérateur indépendant pour le camp de vacances destiné à nos jeunes. Les bâtiments vieillissent mal, certains disparaissent à cause d’incendies. Aucun réinvestissement n’est effectué malgré l’encaissement de sommes substantielles dues à des réclamations d’assurances ou au dépôt versé dans le cadre d’une offre d’achat qui échoue… Tout profite aux administrateurs.

 

Le CA, devenu bidon, résiste toujours à toute incursion de la municipalité ou de qui que ce soit. On subdivise alors le site en trois lots distincts. En 2018, un premier lot est vendu à un promoteur immobilier. Des travaux de réfection de certains bâtiments s’amorcent par le nouvel acquéreur, un chemin est refait et élargi entre le chemin du lac de l’Achigan et la rive. Avec ou sans permis demandés à la municipalité, on avance! On accueille de nouveaux clients, pas seulement des jeunes, en hiver comme en été. On y aperçoit des mariages, de la location à court terme et j’en passe. La municipalité tolère tout, elle ferme les yeux.

 

Printemps 2022, le reste du site est vendu au même promoteur immobilier pour la somme additionnelle de 1,6 million de $. Au même moment, une demande d’autorisation est présentée et obtenue. Est-ce un camp de vacances pour adultes qui va naître sous peu ou plutôt un centre récréotouristique ? Ce n’est pas clair.

 

Camp de Santé Bruchési Inc. existe toujours, mais le fabuleux patrimoine a été bradé et il ne reste qu’un compte en banque qui sera probablement aspiré par trois administrateurs qui n’ont toujours aucun compte à rendre à personne. Quelle tristesse de voir un si beau patrimoine dilapidé! Quelle frustration de voir trois individus s’accaparer une telle richesse collective! Quel beau parc régional ce site aurait pu devenir, un atout pour une municipalité qui mise si justement sur les loisirs en plein air.

 

Au dernier conseil municipal de juillet, des citoyens ont réagi, des questions ont été posées à M. le Maire. La bataille semble loin d’être terminée. Le 16 août prochain, le promoteur promet une rencontre pour présenter l’avenir de son camp. Une histoire à suivre…

Des citoyens soucieux et déterminés : Michel Roy, Kelly-Anne Conrick, François Dinel, Viviane Racicot, Alain Brunet, Lise Dionne. Claudette Dagenais, Nathalie Martinole, Jacques Goedike, Louise Roy, Carmen Dion, Mazen Victor Eldada, Marie-Josée Laquerre, Jean Leduc, Marie Cinq-Mars, Michel Thériault, Sylvie Sénécal, Denis Paré, Louis Poulin, Neil Kopek, Daniel Rouette, Line Laframboise, Anne Loiselle.