Lettre à ma fille

Petit bout de femme,

photo : Canva

Arrivée dans mon ventre à un âge que la médecine trouvait avancé, mais tant espérée après deux garçons. Avec frères et papa, vous faites de ma vie, une incroyable odyssée, une suite perpétuelle d’émotions intenses, mais aussi, tout à la fois, un havre de paix et de tranquillité. Dans tes yeux, ma fille, je me retrouve. Dans tes rires, je me perds. Tu as l’âge de raison maintenant et je suis émerveillée par la sagesse de tes paroles, tes mots d’enfants pleins d’esprit, empathiques et drôles. Tu as 7 ans maintenant. Pourquoi faut-il que le temps passe si vite?

Tirée vers le haut, dans le sillage de grands frères, tu commences à laisser émerger une attitude nonchalante propre aux adolescents. J’appréhende tant tes quinze ans, j’entrevois le pire, je me revois à ton âge et j’espère que tu seras plus comme ci… moins comme ça. Que tu ne seras pas moi. Moi qui étais une petite boule d’émotion introvertie et maladroite. Moi qui aurais tant voulu faire partie des vedettes du collège, mais qui suis restée dans les coulisses. Je voudrais tant que ta confiance en toi soit blindée, que ton estime de toi soit à toute épreuve. Que tous ces intimidateurs se heurtent à ta force de caractère.

Petit bout de femme. Le sais-tu à quel point je t’aime? Tu crois que c’est moi qui t’apprends à vivre? Qui te montre le chemin? Qui t’inspire et t’enseigne les grandes leçons de la vie? Mais ne vois-tu donc pas que c’est tout l’inverse? Tu es mon professeur. Petite maîtresse du savoir-vivre. Petite guide spirituelle. Il faudrait tant que toutes les nations, tous les rois et les présidents, tous les conjoints et les parents, comprennent enfin que, sans toi, l’Humanité ne va nulle part.

Ce sont les petites filles de sept ans qui font fleurir les champs et qui parlent aux abeilles. C’est leur espièglerie et leur énergie qui insufflent la bonne humeur dans les maisons. C’est leur innocence qui fait réaliser aux adultes le poids de leurs erreurs. À sept ans, il n’y a pas d’amour exclusif, de privation, ni de violence. Aucun n’a de droit sur ta vie ou sur ton corps. À sept ans, l’unique obligation que tu as est celle d’être libre, les cheveux au vent. Ton occupation : jouer. Ton seul plaisir doit se trouver à l’école, parmi des amitiés précieuses. Trouve le bonheur en ouvrant ton esprit à toutes les connaissances du monde. Ouvre ton cœur et déborde de fierté. Le vois-tu, petit bout de femme, à quel point tu rayonnes de force?

C’est toi qui nous sauveras du cancer, qui toucheras les étoiles à bord de ta fusée, qui traverseras les frontières pour apprendre le mot « amour » dans toutes les langues. Tu continueras de tendre la main aux garçons et aux filles de ton âge, tu pourras ainsi les convaincre de te suivre dans tes projets, dans tes folies. Ces projets te feront cheminer jusqu’à tes cent ans, c’est certain. Comprendront-ils, tous, le pouvoir qui grandit en toi? Sont-ils capables, enfin, de se rendre compte que la planète tient au creux de ta main? Que ta seule valeur dépasse de loin la totalité de l’or et du pétrole du monde entier?

Il n’y a point d’Humanité sans femme. Il n’y a aucun avenir pour nous sans petites filles de sept ans. Et il n’y a point de maman comblée sans Chloé.

Auteur de l'article