18 mars 2020, date de tombée. Les temps sont troubles, où allons-nous? À la vitesse où vont les choses, vous qui dans 14 jours me lirez, me trouverez à coup sûr dépassé. Une chronique vin? Futile, j’en conviens, presque en tout point… J’ai peine à trouver un angle, une idée, quelque chose de pertinent à raconter. Quant aux calendes grecques presque tout est reporté, quand le message n’est plus que de se terrer, à nul point douter, comme quelque chose d’immense est en train de se passer… Faire comme si de rien n’était, en faire des blagues, des mots d’esprit pour rigoler? Comme pas du tout envie, même pour dédramatiser…

 

Mais comme il faut bien se lancer, me voici quand même, sans suggestion cette fois-ci, mais avec un brin de philosophie. Et une chose à mon sens vraie pour aujourd’hui, demain et pour la vie. Buvez vos bouteilles pardi! Celles que patiemment et depuis longtemps vous attendez. Celles qui traînent depuis une éternité dans votre armoire ou au cellier. Celles pour qui la valeur élevée en dollars vous fait constamment hésiter. Les vins, qu’on se le dise, sont faits pour être bus, non admirés. Peu importe leur prestige, leur classement, leur rareté, ce n’est, sans exception, que du jus de raisin fermenté. Le pire, c’est qu’à force d’attendre le bon moment, les vénérer, les sacraliser, certains vont même se périmer, jusqu’à finir leur vie au fond de l’évier… Souvenir par exemple ici d’un Dom Pérignon 1986, une pièce de collection devenue bibelot, et en un récent jour de l’an, iglou-iglou dans le lavabo… Tourné et vinaigré, infect était en bref le mot. Imaginez alors une euphorie collective tombée de haut…

 

Bu l’autre jour, avec un simple poulet rôti, cuisiné avec amour à mon retour du boulot, un Gevrey-Chambertin, rapporté par mon père lors d’un voyage lointain. Un coup de tête que de l’ouvrir cette journée, vrai qu’il y avait un p’tit quelque chose à fêter, mais rien n’était planifié. Une simple impulsion en ouvrant le cellier. Viens ici toi, c’est ta journée! Et vous dire ce qu’on s’est régalé!! Et même si en une toute petite demi-heure la bouteille s’était vidée, en ma mémoire sera par contre à jamais gravée…

 

La vie n’est en fait qu’une série de petits instants. Contre le temps qui file, les années qui courent, la vie qui passe, qu’un remède pour fixer le temps, vivre le moment présent.  Buvez vos vins que je disais. Car « les moments parfaits ne reviennent jamais… », – Jean Leloup.