L’enfant vieux, un essai de Stéphane Kelly

Éduquer et transmettre dans la société thérapeutique, pour mieux comprendre vos enfants et discuter avec eux! Un essai sociologique qui nous oblige à réfléchir. Comment améliorer la cohésion sociale, diminuer la paranoïa des parents face aux risques vécus par les enfants, sortir du ressenti, qui domine le monde de l’éducation et ramener « la verticalité, la sociabilité ».

 

Kelly propose une conception de l’être humain, qui reprend les valeurs des années 1960. Il affirme : « Mais la douleur est intrinsèque à l’expérience de la vie, pour l’humain comme pour l’ensemble du règne animal auquel nous appartenons ». (p. 22). C’est le retour d’Aristote avec son fameux : L’homme est un animal politique!

 

Stéphane Kelly, sociologue et professeur

Dans cet essai, Stéphane Kelly, sociologue et professeur au Cégep de Saint-Jérôme, présente une réflexion intéressante pour mieux comprendre notre monde. L’idée centrale de Kelly, pour expliquer nos problèmes actuels, est celle de la société thérapeutique qui découle des changements intervenus depuis l’an 2000. Ce concept a été développé dans les années 1970, par des sociologues américains. Selon lui, la société thérapeutique « s’organise autour des valeurs du plaisir, de la consommation, de la santé et de l’expression des sentiments, des campagnes pour la santé mentale, etc. ». Elle s’oppose aux valeurs bourgeoises qui mettent de l’avant les « valeurs traditionnelles, que sont le travail, la discipline, l’épargne et la maitrise de soi ». (p.16)

 

Guérir plutôt qu’instruire

Kelly cite Tocqueville qui écrivait en 1839, dans De la démocratie en Amérique, en parlant des Américains : « Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres… il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul. » La création de la personnalité narcissique, n’est-ce pas ce que nous vivons au Québec, aujourd’hui? L’apparition d’une multitude de spécialistes en santé et surtout de psychologues munis d’un doctorat, finit « par hypothéquer d’autres missions fondamentales de l’État ». (p.11) Les compagnies pharmaceutiques profitent de cette mode. « Dans la sphère scolaire, on cherche à guérir les élèves (plutôt qu’à les instruire). » (p. 16) C’est le fameux « Une petite pilule, une petite granule », une pilule pour chaque mauvais comportement des MSA.

 

Pourquoi les jeunes ne socialisent plus, sont de plus en plus victime de la solitude, se terrent au fond du sous-sol du bungalow des parents « comme des aînés en perte d’autonomie », ne jouent plus dehors, ont plus de contacts virtuels avec des amis imaginaires qu’avec leurs voisins? Pourquoi ont-ils tant de difficultés à l’école, malgré la baisse des exigences pédagogiques, l’apparition d’experts de toutes sortes et la valorisation des bébelles informatiques? Pourquoi sont-ils si anxieux, immatures comme les Tanguy, ont-ils recours aux psychologues de plus en plus présents dans leur vie? Pourquoi les ados sont-ils si indifférents aux enjeux civiques, comme les élections, le bénévolat et la participation aux mouvements de jeunes?

 

Une réflexion étatsunienne adaptée au Québec

Dans chacun des seize chapitres, Kelly se réfère à plusieurs sociologues américains qui ont étudié le problème abordé. Il fait une synthèse de leurs propos en l’adaptant au Québec. Il conclut en identifiant les responsables des problèmes des jeunes actuellement : « Les premiers responsables, ce sont d’abord les parents, les enseignants et, plus largement, les élites de notre société. » (p. 19)