
Le Carouge à épaulettes fait les manchettes chez les ornithologues depuis les premiers jours de mars. En effet, cet oiseau migrateur commence à revenir au pays dès le début de ce mois. Ce sont les mâles, en véritables éclaireurs, qui arrivent quelques semaines avant les femelles. Ils arrivent tôt afin de trouver un territoire qu’ils défendront avec vigueur.
Mais à leur arrivée au Québec, les éclaireurs peuvent se regrouper ensemble. Comme la neige est toujours présente chez nous en mars et avril, ces oiseaux n’hésiteront pas à se rendre aux postes d’alimentation afin de cueillir les graines qui sont à leur portée. Le Carouge à épaulettes a eu d’autres noms, comme le petit caporal, faisant allusion à son épaulette rouge comme s’il s’agissait d’un grade de militaire. Cette marque visuelle, présente chez le mâle, peut ne pas être vue. Certaines plumes noires peuvent cacher l’épaulette rouge et sa petite bordure jaune. En pleine saison de nidification, par contre, le mâle arborera son épaulette rouge avec « fierté »!
De la famille des Ictéridés
Cet oiseau fait partie de la famille des Ictéridés, qui comprend aussi les quiscales, les sturnelles, le goglu et les orioles. Quand la femelle fera le trajet jusqu’ici, elle pourra choisir un endroit qui aura été défendu par le mâle. Ce dernier sera perché sur une tige de quenouille ou sur une branche basse afin de lancer son O-CA-LI grinçant qui servira à établir les limites de son territoire. En plus de son « Ocali », le mâle peut laisser entendre une série de cris, dont le fameux Zeeer aux notes descendantes et un Tiou sifflé qui correspond à un cri d’alarme. Le plus souvent, le carouge élira domicile dans les fossés, les prairies humides, les marais d’eau douce comme d’eau salée et les plaines arbustives. Le Carouge à épaulettes mesure entre 18 et 25 cm de longueur et peut vivre jusqu’à 14 ans. Il est l’un des oiseaux les plus abondants en Amérique du Nord. Peut-être qu’en construisant un nombre incalculable de routes, l’humain a contribué à son expansion, car les bords de chemins et d’autoroutes sont souvent habités par les carouges.
Signe annonciateur du printemps
Chaque mois de mars, je scrute l’horizon, les fils électriques, les tiges de roseaux afin de pouvoir apercevoir mon premier carouge. Et lorsqu’il est vu, on dirait que le printemps est pour moi enfin arrivé. Sa présence est sans contredit un signe annonciateur de la belle saison. La femelle, plutôt brunâtre et au dessous rayé, s’occupe seule de la construction du nid et aussi de la couvaison. En général, trois ou quatre œufs bleu-vert avec des taches foncées sont pondus. Le mâle n’est pas très présent non plus en ce qui a trait à l’élevage des jeunes. La saison de nidification s’étend de mai à juillet, selon la latitude où vit l’oiseau.
Amateur de graines et d’insectes
Avec son bec pointu, mais dont la base est large, il se nourrit surtout de graines et de grains cultivés, mais les jeunes, dès qu’ils naissent, sont nourris d’insectes qui demeurent la nourriture la plus protéinée pour les oisillons. Le Carouge à épaulettes migre vers les États-Unis et le Mexique. Certains individus peuvent se rendre jusqu’au Costa Rica. Des attroupements de carouges à la fin de l’été et au début de l’automne peuvent se mêler aux quiscales et autres espèces afin de descendre vers le sud.
Extrait de poème
En terminant, j’aimerais vous partager les deux dernières strophes d’un vieux poème que j’ai écrit sur le carouge. Les voici.
Qu’attends-tu
Carouge
Pour te joindre au merle au canard?
Qu’attends-tu
Pour reprendre
La route du Nord?
Qu’attends-tu
Carouge?
Viendras-tu faire ton nid
Dans ma cour?
Qu’attends-tu?
Reviens donc en ce jour.
27 mars 1994
Extrait du recueil À fleur de terre, Éditions TNT 2021

