En septembre 1975, je commençais un baccalauréat en biologie. Je venais d’avoir 20 ans. Au programme de ma première session, je suivais un cours de Zoologie des invertébrés. Ma professeure était Hélène Nagy, une valeureuse personne qui, avec force explications, nous faisait apprécier la matière. Parmi les groupes d’animaux qui étaient vus et décrits dans ce cours figuraient les éponges. Ces vivants sont donc des animaux pluricellulaires qui sont les plus primitifs et rudimentaires sur la planète. Ils sont apparus il y a 700 millions d’années! La fonction originale et essentielle acquise par les éponges est de permettre à ses cellules de se spécialiser et de vivre en société!

Un filtreur naturel

Les éponges, aussi appelées spongiaires, ne possèdent ni système nerveux, ni système excréteur, ni muscles. Ces invertébrés aquatiques, une fois devenus adultes, se fixent sur des roches ou des branches immergées à l’aide d’une sorte de crampon. Le corps de l’éponge est ponctué de minuscules pores et de canaux qui filtrent l’eau pour qu’elle puisse se nourrir. On dit qu’une éponge qui possède un volume de 10 cm3 peut filtrer 22 litres d’eau par jour! Pour se nourrir, elle capte et consomme des bactéries, algues et débris en suspension dans l’eau. Il est à noter que les éponges sont peu actives en hiver. Elles se nourrissent donc au printemps comme en été.

En eau douce également

Dans le monde, on compte 10 000 espèces d’éponges qui vivent surtout en eau salée. Seules quelques espèces, environ 120, se trouvent en eau douce. On les appelle aussi éponges dulcicoles. Dans les lacs et cours d’eau du Québec, il est possible d’observer une éponge que l’on nomme la Spongille lacustre. Elle peut se tenir assez près de la surface et semble avoir des ramifications assez longues. En me promenant en canot récemment, j’en ai observé plusieurs. Celles que j’ai vues étaient vert pâle. Ces vivants peuvent héberger une algue qui lui donnera une couleur verte. Cette algue, grâce à la chlorophylle qu’elle contient, développe une relation symbiotique avec l’éponge. Si la Spongille lacustre n’est pas associée à une algue, sa couleur a des chances d’être blanche ou crème. L’éponge abrite souvent des bactéries et sert de refuge à des larves d’insectes.

Des vivants étonnants

Les éponges sont étonnantes pour la personne qui les étudie ou les observe de près. Elles se reproduisent de plusieurs façons. Elles peuvent se régénérer si elles sont broyées, râpées ou tamisées. Les cellules peuvent s’associer de nouveau pour former de nouveaux individus.  Chez les éponges dulcicoles, la reproduction est possible grâce aux gemmules. Ces dernières s’apparentent à des bourgeons internes qui peuvent survivre et libérer de nouvelles cellules, même si les conditions environnementales pour l’éponge adulte sont difficiles (froid hivernal).

Pêcheur d’éponge

Dans la mythologie grecque, Glaucos est un dieu qui est associé à la cueillette des éponges dans la mer. Mais avant de devenir un dieu marin immortel, il n’était qu’un pêcheur qui fut sans doute le premier pêcheur d’éponges de l’histoire. Les éponges naturelles sont utilisées dans le marché des cosmétiques. Elles ne sont que le squelette de l’animal qui provient des mers tempérées et chaudes du globe.

La spongiculture se fait dans plusieurs pays. Cette culture est peu coûteuse et n’a pas d’impact négatif sur l’environnement. Pour quelle raison? Parce que les éponges sont des animaux filtreurs qui sont capables d’assainir l’eau polluée. Par cette culture, on évite de raréfier les populations naturelles d’éponges et on préserve également la qualité des fonds marins.

En terminant, on peut affirmer que les éponges sont des bio-indicateurs de la qualité de l’eau d’un milieu. Elles travaillent dans l’ombre et contribuent donc au mieux-être de nos lacs hippolytois.