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Le métier d’enseignant au Cégep : une vocation unique

Enseigner au cégep est, à mon avis, le plus beau métier au monde, pour celui qui « est à sa place! » J’ai eu ce privilège de 1972 à 2009 au Cégep de Saint-Jérôme. Être professeur, c’est côtoyer chaque jour de beaux jeunes, déterminés à réussir, certains très doués, d’autres plus originaux, mais tous animés par ce désir d’avancer.

Le professeur occupe une place singulière dans la société : il n’est ni le père, ni le patron, ni l’ami de ses étudiants. Pourtant, pour en aider certains à cheminer, il devient parfois, pour le temps d’une session, un  conseiller, un guide.

 

Une anecdote

Je propose ici une première anecdote, parmi d’autres qui suivront, Si Dieu le veut!, la devise de Jean d’Ormesson, un de mes romanciers préférés. Un jour, une ancienne étudiante adulte, à qui j’avais enseigné l’année précédente et que je n’avais pas revue depuis, est passée à mon bureau, tout sourire : « Monsieur, je m’en vais au Tibet! » Elle souhaitait discuter, alors je l’ai invitée à s’asseoir, mettant de côté mes corrections de dissertations.

 

Le moulin à prières tibétain : une rencontre inoubliable

Je lui avais enseigné le cours de philosophie « Éthique ». Elle travaillait de nuit comme infirmière auxiliaire à l’hôpital, possédant un DEP, et poursuivait ses études pour obtenir un DEC en Techniques infirmières. Ce n’était pas une mince affaire que de suivre un cours de philosophie le matin après un quart de nuit. Mais elle était autonome et désirait vraiment réussir. Après une quinzaine de minutes de conversation, je lui ai demandé, si elle le pouvait, de me rapporter un moulin à prières, objet emblématique du bouddhisme au Tibet, comparable au chapelet et au rosaire dans notre tradition catholique. Je lui ai alors souhaité un bon voyage.

 

 

Pour rappel, un moulin à prières est un cylindre contenant des mantras sacrés écrits sur un rouleau de feuilles, protégées par une gaine en métal. En le faisant tourner, l’utilisateur active le pouvoir spirituel des mantras, purifie son karma et se protège des mauvais sorts.

 

Un an plus tard

Un an plus tard, alors que j’avais oublié cet échange, elle est revenue à mon bureau avec un moulin à prières et m’a raconté son voyage. Elle avait été hébergée pendant quatre mois par une Tibétaine. Elle lui avait demandé de l’aider à acheter un moulin, mais cette femme très religieuse, lui avait expliqué qu’un non pratiquant ne pouvait acquérir un tel objet, considéré comme sacré. Heureusement, cette pratiquante n’était ni doctrinaire, ni dogmatique, ni sectaire. Elle lui a expliqué qu’un bon Tibétain doit prier en faisant tourner le moulin idéalement 1728 fois par jour, en récitant un mantra afin d’améliorer son karma, accumuler des mérites spirituels et augmenter ses chances de bonheur.

 

Toutefois, elle l’a informée que les composantes du moulin en cuivre, fabriquées par des artisans locaux, s’usaient rapidement. Elle lui a donc suggéré d’acheter toutes les pièces nécessaires au marché et d’assembler elle-même le moulin. C’est ce moulin qu’elle m’a rapporté. Je n’ai jamais revu cette étudiante, mais je me plais à croire que mon karma fera en sorte qu’un jour, si je suis malade, je serai soigné par elle. J’aurai alors beaucoup de chance de vivre un 100 ans de plus ou de me réincarner en journaliste.

 

Ce geste m’a profondément touché

Recevoir un tel cadeau symbolique représente bien plus qu’un simple objet : c’est la preuve d’un véritable lien entre professeur et étudiant, empreint de respect et de gratitude. Ce moulin à prières occupe depuis une place spéciale dans mon bureau, me rappelant que chaque rencontre avec un étudiant peut laisser une empreinte durable, tant sur leur parcours que sur le mien.

Photo : Artisans du Nepal