
Passer quelques semaines d’hiver au Costa Rica permet à l’observateur naturaliste que je suis de faire de nombreuses découvertes. Avec plus de 2000 espèces d’arbres répertoriés et plus de 900 espèces d’oiseaux, ce pays d’Amérique Centrale est un joyau de la biodiversité mondiale. Et quitter le décor monochrome de l’hiver québécois à la fin de janvier pour se retrouver entouré de fleurs, de verdure, de mer et de soleil, aide à raccourcir l’hiver de belle façon.
La forêt de nuages
Lors d’un déplacement dans la forêt de nuages de Monteverde, où l’altitude atteint 1330 mètres, il nous a été donné d’apercevoir trois espèces de toucans, le fameux Quetzal resplendissant, l’Organiste à sourcils jaunes et l’Araponga tricaronculé.1
C’est ce dernier oiseau qui fera l’objet de cette chronique. S’il y a un oiseau curieux sur Terre, c’est bien l’Araponga tricaronculé (Three-wattled Bellbird). Nous avons eu la chance de l’observer sur une branche morte, à une quinzaine de mètres du sol. Le mâle était en vue. Sa tête, son cou et sa poitrine sont blancs et le reste du corps est marron-roux. Ce qui le distingue de la grande majorité des oiseaux, c’est la présence de trois caroncules extensibles qui pendent de la base de la mandibule supérieure et aussi des coins de sa bouche. Une caroncule est une sorte d’excroissance charnue présente sur la tête ou sur la gorge de certains oiseaux.
Une femelle au plumage terne
Les trois caroncules de l’araponga ressemblent à des hélices d’avion tout noirs! Ces structures n’auraient d’autre rôle que d’attirer la femelle en vue de la reproduction. Le mâle acquiert son plumage définitif en trois ans. Les caroncules prennent tout près de 12 mois à se former. Comme c’est souvent le cas chez les oiseaux femelles, elles possèdent un plumage plus terne. Chez l’araponga, la femelle est de couleur olive sur le dos et jaunâtre sur le ventre et ressemble à un moucherolle.
Un chant
Quand vient le temps de la pariade amoureuse, l’Araponga tricaronculé fera bouger ses caroncules et se mettra à chanter en ouvrant le bec de manière quasi démesurée. Son chant, un EENK sonore, peut être entendu à un kilomètre de distance! D’où le nom anglais bellbird.2
Des fruits de la famille des Lauracées
Cet oiseau est strictement frugivore. Il raffole des fruits de la famille des Lauracées. De cette famille, se trouvent des avocatiers sauvages qui donnent des fruits d’une longueur de 1,5 cm. Les toucans, le quetzal et l’araponga aiment bien se nourrir de ces fruits et de plusieurs autres baies produites par les arbres de la famille des Lauracées. En ingurgitant les noyaux et en les rejetant plus loin, ces oiseaux contribuent à la reforestation de la forêt tropicale.
Répartition géographique
L’Araponga tricaronculé habite l’est du Honduras, les hautes terres du Nicaragua et la Cordillère de Talamanca qui est la plus haute chaîne de montagnes du sud de l’Amérique Centrale. Ces montagnes chevauchent entre le Costa Rica et le Panama. L’araponga, une fois l’élevage des jeunes terminé, peut se déplacer en zones de basse altitude comme dans la péninsule de Nicoya.
Une faune riche
Pour vous indiquer à quel point la faune est riche au Costa Rica, voici un résumé d’une marche matinale que mon frère et moi avions faite pour rejoindre le Golfe de Nicoya. À huit heures du matin, en parcourant moins d’un kilomètre, nous avons croisé un Trogon à tête noire, un Piranga vermillon, un Tyran quiquivi, une Amazone diadème (sorte de perroquet) et, une fois rendus sur le bord de l’eau, une Aigrette tricolore. Cette dernière avait les pattes dans l’eau et les yeux fixés sur l’horizon.
1. Pour ce voyage, mon frère Daniel m’accompagnait. De plus, à Monteverde, nous avons retenu les services d’une guide ornithologique exceptionnelle, Dulce Wilson.
2. Le nom anglais bellbird fait référence à son chant comme le tintement bruyant d’une cloche.

