Commémorons les 50 ans de l’expérience d’ingénierie sociale Fonds Société populaire Tricofil Inc. (1974-1981).
Jacques Grand’Maison a participé à l’expérience Tricofil. Dans les volumes Nouveaux modèles sociaux et développement (1972), et Des milieux de travail à réinventer (1975), il explique ce projet d’un point de vue théorique et présente une réflexion de type philosophique sur l’humain et le travail. Il analyse cette expérience d’autogestion pour illustrer sa conception du monde du travail idéal. Suivra le témoignage de Paul-André Boucher, président du syndicat, dans Tricofil tel que vécu! (1982). Grand’Maison a été de toutes les luttes sociales et syndicales qui ont affecté la classe ouvrière de Saint-Jérôme depuis 1950. Son implication dans l’expérience d’autogestion ouvrière Tricofil est la plus connue.
Un peu d’histoire
La Regent Knitting Mills Ltd était une usine de textile et de fabrication de vêtements en plein cœur d’une ville moyenne du Québec, Saint-Jérôme. Les ouvriers habitaient dans le même quartier autour de l’usine et formaient une communauté fortement nouée. Ils ont mené ensemble de longues luttes syndicales. Près de 500 travailleurs, peu scolarisés, peu mobiles, peu « recyclables et reclassables », d’une moyenne d’âge de 45 ans constituaient une main-d’œuvre assez captive avec une moyenne d’ancienneté de 17 années.
En 1974, les propriétaires annonçaient la fermeture de l’usine. Ils préféraient participer aux débuts de la mondialisation lorsque les emplois en Occident étaient déplacés en Asie du Sud-Est où les salaires étaient inférieurs. Grover Mills Ltd avait vu venir le coup. Il n’avait pas investi dans de l’équipement neuf, depuis belle lurette. La même situation avait prévalu à Valleyfield avec la Montreal Cotton. Ces deux usines avaient été bâties à la fin du XIXe siècle sur un cours d’eau qui fournissait le pouvoir aux machines.
Tricofil, nouvelle expérience
Tricofil, cette nouvelle expérience était parrainée par le Parti Québécois, nouvellement élu. La ministre Lise Ouimet-Payette était la principale porte-parole de ce projet au conseil des ministres. La FTQ appuyait le syndicat des travailleurs, ainsi que le chanoine du diocèse de Saint-Jérôme. De nombreux Québécois ont également participé financièrement.
Ce projet visait à augmenter l’estime de soi des travailleurs et les valoriser par leur travail. Il voulait amener les ouvriers, de simples participants passifs, à devenir des participants actifs à la vie économique. Pour réaliser cette belle utopie, ils devaient pratiquer la cogestion et viser l’autogestion. Ils devaient devenir « propriétaires » de leur milieu de travail. Mais ils devaient aussi comprendre que tout ne peut se faire rapidement, qu’il faut du temps pour apprendre à gérer une usine qui est en concurrence avec le monde entier.
Le soutien de Jacques Grand’Maison
Dans son livre Une tentative d’autogestion (1975), Grand’Maison les avait prévenus : « La gestion, ça ne s’improvise pas du jour au lendemain. Le chemin sera long ». Il avait préparé un « questionnaire de base » pour mieux connaître les ouvriers. Son contenu reflétait les valeurs de l’époque, la naissance de l’État-providence québécois, les luttes ouvrières, le Front commun des centrales syndicales, l’emprisonnement de leurs présidents, la création de la classe moyenne avec tous les nouveaux organismes gouvernementaux. Le vocabulaire était à l’avenant : autogestion, recherche de consensus, animation sociale, praxis quotidienne de travail, nouvelle méthode de technologie de groupe, etc.
« Le projet a duré 7 années sur un parcours semé d’embûches. Les difficultés financières, organisationnelles et humaines, l’insécurité des travailleurs, la crise de l’industrie textile de même que la récession des années 80 ont eu raison de Tricofil. » HEC.ca/archives


