Le mois dernier, nous avons cerné le printemps, croyant de la sorte accélérer sa venue. Mais la vue de ma fenêtre affiche encore une franche épaisseur blanche d’hiver rivée à demeure. L’établissement du calendrier saisonnier relève davantage de critères astronomiques et la nature n’obéit qu’à elle-même et à ses caprices. Nous entrons en avril avec le secret espoir qu’il verra l’effacement intégral de la neige, pour laisser libre cours au bourgeonnement et au reverdissement de la végétation. Avril, avril, la sonorité du mot résonne des clochettes cristallines accompagnant la fonte de la couche nivale et de glace dans les ruisseaux et les gouttières.

 

Si vous le voulez bien, nous allons découvrir ensemble le mois d’avril. Il évoque la germination et la floraison dans le calendrier républicain (en usage en France quelques années dans la période révolutionnaire), où deux mois, Germinal et Floréal, se partagent le mois d’avril. Sans doute un peu décalé en terre d’Amérique septentrionale.

 

Sans surprise, le terme provient du latin classique aprilis. Le latin l’aurait puisé à l’étrusque apru, lequel se serait inspiré du grec Aphrô, un raccourci d’Aphrodite, déesse de l’amour, qui préside aux passions… printanières. Au 12e siècle, Philippe de Thaon proposait une origine, qualifiée de fictive ou fantaisiste par les lexicologues, néanmoins intéressante à plus d’un égard. Il considérait qu’avril découlait du vieux français aüvrir (ouvrir), lui-même émanant du latin aperire pour ouvrir. Et pourquoi pas? On trouve bien en anglais April et en italien Aprile, qui pourraient tout autant devoir leur origine à aperire qu’à aprilis. Et en espagnol, nous avons abril, côtoyant dans le dictionnaire le verbe abrir signifiant ouvrir.

 

Il n’y a plus vraiment de dérivés d’avril, sauf peut-être sporadiquement en France. Entre les 13e et 16e siècles, on utilisait avrillier comme synonyme de printanier. On trouve encore, dans le monde rural la forme adjectivale avrillé, par exemple, du blé avrillé, semé en avril, appelé aussi en son temps par le substantif avrillet.

 

Un coup d’œil maintenant à quelques expressions ou dictons reliés au mois d’avril. Celle qui vient spontanément à l’esprit, et les points de suspension en intitulé de chronique vous ont sans doute mis sur la piste, c’est En avril, ne te découvre pas d’un fil (dans le département français de l’Ardèche, on dit Avant la fin d’avril, ne t’allège pas d’un brin). Cela veut dire, bien sûr, qu’il faut éviter de s’habiller plus légèrement dès les premiers réchauffements des températures. On pourrait aussi l’entrevoir dans un sens figuré pour indiquer que dans un dossier, il faut éviter de prendre des décisions hâtives, prématurées, face aux premiers signes d’évolution d’une affaire.

 

Et qui ne connaît pas le trinôme classique poisson d’avril. Il réfère, évidemment, à une blague que l’on fait à quelqu’un, le premier de ce mois, dans le but taquin de le ridiculiser, de le faire marcher. L’origine de l’expression n’est pas totalement avérée et aurait évolué avec le temps. Elle se serait appliquée à un intermédiaire, un entremetteur dans les amours illégitimes, plus florissantes au printemps. Le sens aurait glissé vers souteneur et maquereau, poisson en abondance en avril. Dans une autre thèse plus formelle, on signale que l’on donnait des cadeaux dérisoires pour souligner, rappeler le temps, l’époque où l’année commençait vers la fin mars–début avril. La vétille s’est progressivement transformée en blague, pour piéger les gens un peu crédules. Tout comme on attrape les poissons avec des leurres…

 

De tout temps, avril a inspiré poètes et musiciens. Gérard de Nerval a consacré une odelette d’une petite douzaine de lignes au titre tout simple Avril. Pour sa part, Théophile Gautier, dans un joli poème Premier sourire de printemps, termine par un quatrain bien tourné, où le sa et le son en première et deuxième lignes et le il en quatrième réfèrent au mois de mars.

Puis, lorsque sa besogne est faite,

Et que son règne va finir,

Au seuil d’avril, tournant la tête,

Il dit : Printemps, tu peux venir!

 

Au 19e siècle, Georges Bizet a mis en musique Chanson d’avril, sur le texte poétique de Louis-Hyacinthe Bouilhet. Plus près de nous, Alain Barrière nous confie C’était aux premiers jours d’avril que je la vis pour la première fois, et sa vie en fut chavirée, du moins dans la chanson. Laurent Voulzy, lui, célèbre La fille d’avril, sur des paroles d’Alain Souchon.

 

Des événements marquants se sont déroulés en avril. Le Titanic faisait tragiquement naufrage dans la nuit du 14 au 15 avril 1912. Le président américain Roosevelt décédait en avril 1945, tout juste avant la fin de la Deuxième Guerre mondiale en Europe. La Révolution des œillets florissait pacifiquement au Portugal le 25 avril 1974, mettant fin à la dictature salazariste et un pont remarquable changea de nom pour souligner l’événement.

 

En terminant, petits clins d’œil anecdotiques. Qui ne connaît pas la chanteuse canadienne Lavigne, prénommée Avril? Vous est aussi familière l’actrice espagnole, muse du cinéaste Pedro Almodóvar, Victoria Mérida Rojas, mieux connue comme Victoria Abril. Elle a adopté ce pseudonyme lors de son premier tournage, au milieu des années 1970 en plein mois d’…avril.

 

En conclusion, pour détendre l’atmosphère sanitaire délétère actuelle, je dirais volontiers que, celui-là, qui évoque le printemps, vous pouvez l’attraper allègrement, le coronavrilus! Je vous donne rendez-vous le mois prochain. Mai, gare à toi!

 

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