À 77 ans, je suis toujours très ému de voir, le dimanche de la fête des Mères, des adultes matures, femmes et hommes, se promener avec leur vieille mère, déambuler fièrement avec elle dans les endroits publics, au restaurant.

Je m’interroge. Y a-t-il une plus belle fonction dans la vie pour une femme, que d’enfanter, de donner la vie, d’élever et d’éduquer un nouveau venu? À mon avis, rien n’est plus grandiose, beau, absolu, transcendant, merveilleux. Contribuer à perpétuer l’espèce demande deux années de labeurs intenses, puis une quinzaine d’années pour l’éducation des petites filles comme des filles et des petits garçons comme des garçons. Il importe aussi de ne pas surcharger les mères en laissant l’instruction de leurs progénitures à l’école, à de bons enseignants, qui apprennent aux enfants à lire, écrire et calculer, tout simplement, sans essayer de leur remplir la tête de sornettes, comme bruler les Tintin. Suit une période qui nécessite un peu d’aide financière pour construire un nid. Ensuite, les petits-enfants arrivent. Ils préparent une belle période de la vie de leurs grands-parents vieillissants, et savent bien les entourer.

L’évolution de l’homo sapiens

La vie est apparue sur terre il y a 3,5 milliards d’années. Chaque génération a donné naissance à la suivante. Nous sommes le résultat de l’évolution de l’espèce homo sapiens. Selon Aristote, la nature nous détermine à donner la vie, à perpétuer les générations. Il faut reconnaître que certaines femmes ne peuvent pas enfanter, mais elles peuvent adopter ou jouer le rôle traditionnel de la « matante » présente autrefois dans toutes les familles québécoises. Lorsque je suis venu au monde, ma tante Claire, célibataire et maîtresse d’école, est venue aider ma mère, Agathe pendant deux années.

Malheureusement, parfois des femmes ne peuvent se reproduire. Une erreur de la nature? Elles sont peut-être effrayées par la vie de mère? Autrefois, elles choisissaient de devenir sœurs dans une des nombreuses communautés religieuses québécoises, pour aider les mères. Ces communautés, telles les Sœurs Grises, qui comptaient en 1960 plus de 6000 femmes, étaient dirigées par des femmes. Malheureusement, elles ont disparu. Les cloîtres, comme celui des Recluses missionnaires de Saint-Jérôme, ont fermé leurs portes. La chanson Dégénération de Mes Aïeux nous fait comprendre.

De nos jours, elles œuvrent dans la communautaire, sans bénéficier des avantages financiers et fiscaux accordés aux communautés religieuses. D’autres sont devenues les émules de Greta Thunberg et avouent publiquement « pas d’avenir, pas d’enfants ». Dans des cas extrêmes, de jeunes filles stressées, écorchées de la vie, écoanxieuses, ayant une faible estime de soi, une sensibilité excessive, une susceptibilité exacerbée, adeptes des safe space (espaces sécuritaires) des universités américaines, ont besoin d’une psy- écothérapeute. Elles sont déterminées par la sélection naturelle de Darwin, qui influence indirectement leur choix.

Ce qu’ils en pensent…

Pour Mathieu Bock-Coté, nous vivons actuellement une Fin de cycle. « La société québécoise termine douloureusement le cycle historique ouvert par la Révolution tranquille. » Lassés de la mode française de la déconstruction inaugurée par le sociologue Bourdieu, nous voyons le balancier rendu a son apogée, partir de l’autre côté, avec un retour de la valorisation de notre belle histoire nationale et surtout du rôle fondamental des mères de famille dans notre société. Pour le sociologue Stéphane Kelly, le sort des femmes s’est beaucoup amélioré depuis les années 1960. Toutefois, la société thérapeutique, la « naviguerrance », l’enfant unique, le déclin du capital social local, sont les nouveaux problèmes qui les affectent. Il l’explique bien dans son livre L’enfant vieux. Une solution réside en partie dans l’octroi des emplois gouvernementaux : à diplôme égal et à expérience égale, la mère de famille a priorité. Certains pays accordent une exemption d’impôt à vie sur le salaire, après le troisième enfant.