Depuis plusieurs années, comme bien d’autres citoyens, j’essaie de faire ma part pour l’environnement. J’achète en vrac pour limiter les emballages. Je composte. Je marche au lieu d’utiliser mon véhicule autant que je peux. Est-ce que je suis parfaite? Bien sûr que non. Mais j’agis. Et pourtant, ces derniers temps, certains discours médiatiques me donnent (presque) envie de tout abandonner.
Un exemple parmi d’autres : un article de Protégez-Vous1 laisse entendre que se rendre en voiture pour acheter des produits en vrac peut « annuler » l’effort écologique. On y cite Cécile Bulle, professeure au département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’UQAM : « Le petit trajet a probablement plus d’impact que tout ce qui a été économisé en emballage. »
Sérieusement?
Est-ce qu’on veut vraiment faire passer le message que l’effort ne compte pas si on ne le fait pas parfaitement? Ce genre de discours, souvent perçu comme culpabilisant, risque plutôt de décourager les gens et de les pousser à baisser les bras. Les experts en analyse de cycle de vie consultés avancent également que certaines pellicules plastiques prolongent la fraîcheur des aliments jusqu’à 14 jours, contre environ 3 jours sans emballage. Selon eux, le risque de gaspillage serait donc plus polluant que l’emballage lui-même. « Le citoyen ne regarde que l’emballage, mais la production d’un aliment est extrêmement polluante », affirme Fabien Durif, directeur de l’OCR et professeur de marketing à l’UQAM. Comment peut-on prétendre que la solution au gaspillage alimentaire passe par l’utilisation accrue de plastique, alors que, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), « la pollution plastique peut modifier les habitats et processus naturels, […] nuisant ainsi directement aux moyens de subsistance de plusieurs millions de personnes [et] aux capacités de production de denrées alimentaires2 »?
Je comprends que le calcul de l’empreinte carbone soit complexe. Le problème, c’est que certains discours finissent par se contredire, au point de donner l’impression que, peu importe ce qu’on fait, ce n’est jamais la bonne chose à faire. À force de lire que composter, ce n’est pas suffisant, que les dosettes de café puissent être préférables à une cafetière filtre si on utilise trop d’eau, ou encore que voyager en autocar pour voir du pays reste polluant, on en vient à se demander : qu’est-ce qu’ils attendent vraiment de nous? Devons-nous demeurer à la maison et ne plus sortir sauf à pied, ni même boire un café? La question peut sembler absurde, mais c’est pourtant l’impression que laissent certains discours.
Valoriser l’intention
Je n’ai pas envie qu’on m’impose un mode de vie irréaliste ni qu’on fasse sentir aux citoyens qu’ils sont fautifs pour chaque écart occasionnel, comme prendre l’avion une fois tous les deux ans pour découvrir un autre coin du monde. D’autant plus que, pendant ce temps, de grandes entreprises polluent à une échelle bien supérieure, sans que la responsabilité soit partagée de façon équitable. Ce que je veux, moi, c’est simplement continuer à faire ma part. Tranquillement. Consciencieusement. Avec du bon sens. J’aimerais qu’on arrête de pointer du doigt les gestes imparfaits et qu’on valorise davantage l’intention qui les motive. Parce qu’au fond, c’est peut-être cela qu’on a oublié : l’intention. Le désir sincère de vivre dans un monde plus sain, plus viable. Ce ne sont pas les dosettes ou le café filtre qui sauveront la planète, mais une prise de conscience collective, accompagnée de cohérence et de bienveillance.
Alors oui, je vais continuer à poser des gestes imparfaits, comme tant d’autres citoyens. Parce que je crois fermement que c’est mieux que de ne pas agir du tout. Et surtout parce que valoriser les efforts, plutôt que les discréditer, pourrait bien être l’un des leviers les plus accessibles pour favoriser une transition écologique durable.
- ROY, Mathilde, Les fausses bonnes idées, Protégez-vous, octobre 2018, p. 9-15.
- ONU programme pour l’environnement. Pollution plastique, [en ligne], 2024. unep.org/fr/pollution-plastique. Consulté le 18 décembre 2025

