Qu’on le veuille ou non, la planète entière est engagée dans une lutte à finir contre cet ennemi invisible et microscopique, le fameux coronavirus, et son corollaire la COVID-19. Tout comme le reste du Canada, le Québec n’y échappe pas. Cet envahisseur vient avec son vocabulaire attitré et un autre que nous pouvons créer à notre guise, au gré de notre imagination et de notre fantaisie. Et pour s’amuser, que diable!, l’humour n’est pas délétère. Il peut même contribuer à faciliter la traversée de ce désert socialement dépouillé, du moins en apparence. On cherche par tous les moyens à ralentir l’intrus, l’endiguer, le contenir, l’enrayer. Démasquage (pardonnez le néologisme!) ou/et mascarade?

 

Passons en revue les principaux termes, ceux que l’on entend le plus, maintes et maintes fois au quotidien. Et j’ai nommé virus, épidémie, pandémie, confinement, « distanciation sociale ».

 

À tout seigneur, tout honneur, attaquons-nous d’abord au virus, au mot s’entend. L’entité qu’il constitue est sans doute avec nous depuis l’aube de l’humanité. Du latin virus (oh! surprise!), le mot est resté le même dans la plupart des langues principales du monde, histoire qu’on ne voulait pas qu’il se sente dépaysé. Il désigne, de prime abord, le suc ou le poison vénéneux des plantes, puis une substance organique pouvant transmettre une maladie. À l’époque moderne, c’est un micro-organisme qu’on ne peut repérer à l’œil dévêtu (!), qui cause l’infection en parasitant les cellules où il s’y réplique et souvent mute. Cet agent pathogène vient sous des dizaines de formes et nous empoisonne l’existence. Ciel, que sont-ils, tous ces infiniment petits, venus faire en ce bas monde? Parmi les plus familiers, on retrouve le VIH, le virus Ébola, celui de la grippe aviaire, celui du SRAS, les variétés polymorphiques de la grippe saisonnière comme le H1N1.

 

S’agglutinent autour du terme virus un grand nombre de dérivés, tels que viral, virulent, virologie, virose, virion, virocide, etc. Non, viril ne provient pas de la même souche! Au sens figuré, virus s’applique à un vif intérêt, un penchant irrésistible d’une personne pour une activité ou un domaine de la connaissance. L’adjectif viral qualifie quelque chose, un commentaire, une nouvelle, qui se répand, particulièrement à travers les médias sociaux, très rapidement, comme une trainée de poudre, comme un virus. En informatique, il réfère à une erreur malveillante glissée dans un logiciel pour en corrompre le fonctionnement.

 

Le sujet de notre étude est le par trop célèbre, l’infâme coronavirus, puisqu’il faut l’appeler par son nom. Vous savez tous qu’il doit sa désignation à sa forme circulaire ponctuée d’éléments protubérants tout autour, lui conférant l’aspect d’une couronne (du latin corona). On pense aux artères coronaires qui forment couronne autour du cœur. Ce triste sire, venu d’Orient, est certes couronné de succès, dans sa perspective. Pour mieux le situer dans le temps, on lui a accolé le raccourci non moins redoutable de COVID-19, CO pour Corona, VI pour virus, D pour le mot anglais disease (maladie) et 19 pour l’année d’émergence (2019). Comme maladie est féminin, on dit la COVID-19.

 

Les virus sont de grands voyageurs, ils traversent impunément et en douce les frontières, même les plus étanches, sans passeport ni visa. Selon qu’ils s’en prennent à un groupe cible plus ou moins vaste, plus ou moins localisé ou global, on parlera d’endémie, d’épidémie ou de pandémie. L’endémie réfère à une maladie habituelle qui touche une région déterminée. L’épidémie est plutôt soudaine et voit de nombreux cas apparaître rapidement. La pandémie s’applique à une maladie affectant toute une région, un continent entier ou même la planète dans son ensemble. C’est ce que nous vivons à l’heure actuelle. Les trois vocables proviennent du grec, demos renvoie à peuple, population. En signifie à l’intérieur, propre à, indigène à une zone délimitée. Epi est plus générique et étendu que le précédent, il veut dire sur (qui apparaît, tombe dessus…). Et le gros lot, c’est pan (tout), évoquant l’intégralité, l’ensemble. Songez à panorama, panthéon.

 

Nous arrivons maintenant au confinement, conseillé, recommandé ou imposé. Nous sommes en présence d’une mesure contraignant des gens (ou des animaux) à rester dans un espace restreint, pour éviter la propagation d’une maladie. En dernier, nous avons le binôme « distanciation sociale ». Ça ne se dit pas, dans l’usage qu’on prétend en faire dans les circonstances actuelles. C’est la raison pour laquelle je ne l’ai pas mis en caractères gras. C’est malheureux, il faudra trouver autre chose. L’expression distanciation sociale existe, mais elle concerne seulement l’écart, la distance, voire le refus de relation entre diverses classes sociales. Nous ne sommes nullement en présence d’une telle situation.

 

Pour résoudre cette impropriété, cette impasse, je propose humblement la solution de rechange suivante : Espacement social salutaire activé individuellement, en abrégé ESSAI. Dans cette forme réduite, il n’y a qu’un petit mot de deux syllabes à mémoriser, alors que le duo fautif en comporte le triple. L’essayer, c’est l’adopter. Mettez-le à l’essai! L’incitatif, c’est la santé de tous et de chacun. La tentative, la proposition est tentante, succombez-y, euh! pardon, faites-en l’essai! C’est sain, ça fait santé.

 

On peut se représenter cet espace comme l’une ou l’autre de deux figures géométriques, soit une boîte cubique, soit une bulle sphérique. On peut très bien imaginer le contour de ces deux formes. La boîte cubique aura donc un volume de 32 mètres cubes (4 m x 4 m x 2 m) et la bulle sphérique, d’un rayon de deux mètres, occupera un volume à peu près identique. Côté boîte, bien sûr, personne n’aime se faire mettre en boîte sauf, hasard inespéré, les sardines. La démarche dans votre boîtier peut être laborieuse et le contact avec d’autres boîtes anguleux. Vous vous y ferez. Alors, emboîtez le pas, avec prudence, histoire de ne pas vous déboîter les articulations.

 

La bulle, quant à elle, paraîtra plus encombrante avec ses quatre mètres de diamètre. Mais bon nombre de gens vivent déjà dans leurs bulles, ne dit-on pas, l’apprentissage leur en sera écourté. Elle a ses attraits, la bulle en somme. On peut y faire une sieste, un somme en bulle. On y déam-bulle à l’aise, les chirurgies am-bulle-atoires sont à votre portée et l’am-bulle-ance est à domicile. Si vous fêtez la nuit, elle se fait noctam-bulle. Pour les déplacements, la manœuvre est parfois délicate, quand roulis et tangage s’invitent. Mais attention, la colère n’y a pas sa place, elle pourrait pousser à l’é-bulle-ition. Et votre bulle-tin de comportement pourrait en souffrir. Le contact avec d’autres bulles peut être riche en rebondissements.

 

Revenons aux choses sérieuses. L’intrus viral s’est universalisé. Il nous faut nous embusquer pour le débusquer. L’impact est global. Les cinq continents écopent. Même du côté de l’Oural et du Caucase, quand le corona vire russe, c’est l’embourbement, une espèce de raspoutitsa sanitaire au pays de Poutine et de Raspoutine. L’Oncle Sam est lui aussi accablé par le coronavirUS.

 

Cette période transitoire est teinte d’inquiétude et d’appréhension, marquée au coin de l’incertitude. Il faut résister aux tentations alarmistes et éviter les réactions exagérées et les comportements extrêmes pendant cet épisode pandémique, car que trouve-t-on si l’on relie les extrémités du mot pan dém ique lui-même? Vous pouvez le voir par vous-mêmes.

 

Il faut faire face, redresser la tête. En cette période de réclusion qui pourrait en transformer plus d’un en solitaire casanier et bourru, rien, mais rien n’empêche de rester solidaires. Il ne faut pas s’aplatir, ou plutôt oui, il faut l’aplatir cette courbe graphique, c’est une éCOVIDence. À quelque chose, malheur est bon, l’environnement reprend son souffle, prend du mieux. Les animaux sauvages restent pantois de confusion, ils réinvestissent les villes aux artères dépeuplées. Le genre humain s’est vu imposer le mode pause et nous demeurons, Canadiens et Québécois, cois. Par une ironique inversion de la situation à saveur carsonienne*, la faune est confrontée à un printemps silencieux… de l’espèce humaine. Sur le bord du lac du même nom, l’écho vide ne répond plus. Vous contribuez à cette embellie de l’écosystème par une baisse des déplacements et une réduction des déchets, mais poursuivez vos efforts de recyclage en remplissant votre bac bleu d’éCOVIDanges.

 

Aux petits maux les grands remèdes, certains diront. On a sorti l’artillerie lourde pour terrasser une bestiole. Et pourtant, si l’on en croit un article de Radio-Canada sur son site Internet mis à jour début avril 2020, la grippe saisonnière (influenza) cause chaque année davantage de décès. Elle est plus dévastatrice et on n’élève pas les barricades… On s’y est habitué, elle fait partie du paysage sanitaire. Fallait-il immobiliser la société, paralyser l’économie pour veiller au bien-être de 3 % de la population? N’aurait-il pas fallu laisser la nature faire son œuvre et poursuivre notre chemin? Les réponses à ces interrogations ne coulent pas de source. Les dommages collatéraux restent à évaluer. Trop tôt pour dresser le bilan. Profits et pertes s’afficheront éventuellement.

 

À la fin de cet intermède que je me risque à qualifier d’éprouvantable, nous n’aurons guère le choix que de prendre le coronavirage, de nous interroger sur nos comportements. Quelles leçons saurons-nous en tirer? Va-t-il falloir revoir notre regard sur les enjeux de notre société et notre weltanschauung personnelle. Coronavirage, on entend aussi corona vie rage. Car encore et encore, à cri et à cor on a (la) vie (et la) rage de vivre, qui continuera de nous habiter. Aurons-nous la nostalgie d’un illusoire paradis perdu, d’une insouciance envolée, d’une innocence, apparentée parfois ou souvent à l’inconscience, à jamais évaporée? Pourrons-nous réapprendre la socialisation, sans craindre notre voisin? Face à l’incertitude et le doute, pourrons-nous éviter le piège de la dissociation sociale? En sortirons-nous grandis, plus sages et moins prétentieux? Rien n’est moins sûr. La vie reprendra-t-elle… son cours… comme avant?!

 

*Rachel Carson, biologiste, publiait en 1962, un livre-phare Silent Spring (Printemps silencieux), nous mettant en garde contre la malveillance humaine à l’égard de l’environnement, susceptible de mener à un printemps où les oiseaux ne chanteraient plus, à un printemps muet, silencieux…