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Claude-Henri Grignon et ses Histoires des pays d’en haut

L’histoire de Séraphin Poudrier, relatée dans le roman de 1933 de Claude-Henri Grignon, Un homme et son péché dans Histoires des pays d’en haut, fut plusieurs fois rééditée, présentée en bande dessinées dans Le Bulletin des agriculteurs de 1951 à 1970, adaptée pour la radio, la télévision et le cinéma1.

Dans cette étude de l’avarice, il dépeint les mœurs paysannes et présente « le premier caractère symbolique, (le) premier personnage qui ne soit pas un pantin… Pour la première fois, un romancier canadien s’attaquait à un sujet éternel, l’avarice » (Robert Duhamel). Qui n’a pas entendu parler de Séraphin Poudrier? Qui n’a pas vu la série télévisée des années 1960 avec Jean-Pierre Masson dans le rôle-titre. Mais qui a lu le roman original? Je viens de le faire. L’auteur écrit : « Voici un roman vécu et qui veut être un pamphlet contre l’Argent, ce véhicule du mal. »

Donalda Laloge

« Tous les samedis, vers les dix heures du matin, la femme à Séraphin Poudrier lavait le plancher de la cuisine, dans le bas-côté. On pouvait la voir à genoux, pieds nus, vêtue d’une jupe de laine grise, d’une blouse usée jusqu’à la corde, la figure ruisselante de sueur, où restaient collées des mèches de cheveux noirs. » Donalda Laloge est la femme de l’avare Séraphin Poudrier. Il fait d’elle « moins qu’une servante », tout comme il abuse de ses voisins en leur prêtant de l’argent à des taux exorbitants. Son avarice est telle qu’elle le conduira à sa perte.

Je vous invite à lire les nombreuses Préfaces écrites par Grignon, où on peut lire de belles descriptions de la nature Laurentienne et des Pays d’en haut. À mon avis, ce sont de grands textes trop peu connus. Le roman de Séraphin se compare avantageusement à L’Avare de Molière et Le Médecin de campagne de Balzac écrit un siècle plus tôt, mais avec des personnages entreprenants, sympathiques et respectueux du bien de tous. Dans sa Préface, Grignon parle du « grand Balzac et de l’éternelle Comédie humaine. » Il considère Anna Karénine de Tolstoï, comme « un des chefs d’œuvres du roman universel ». Il connaît Madame Bovary de Flaubert, L’Assommoir de Zola, Maria Chapdelaine de Louis Hémon, ainsi que Montherlant, Julien Green et François Mauriac. Grignon affirme : « Pour moi, seul le passé existe. J’appartiens à un autre siècle. Je ne vis que du passé pour mieux préparer l’avenir. » Les personnages du roman « c’est moi en chair et en os, c’est d’autant plus moi que j’ai vu agir ces gens sous mes yeux ».

Les écrits de son père ont marqué son imaginaire. « En 1933, je vivais dans l’atmosphère de 1883. Par ses articles publiés régulièrement dans Le Nord de ce cher Alphonse Nantel et dans L’Avenir du Nord de Jules-Edouard Prévost. J’étais tout imprégné du curé Labelle, du vieux William Scott, de Melchior Prévost et de tous les autres. » Heureusement, la revue Espace Mémoire d’Histoire et archives Laurentides et président Henri Prévost, un descendant, nous rappelle cette belle époque. Sur Sainte-Adèle : « Je vous prie de croire que durant ces années si heureuses, je n’ai jamais manqué une occasion de jouir en plein des attraits toujours changeants que m’offrait la nature. Je me suis levé à toutes les heures de la nuit, quelle que fût la saison. Je traversais le village et m’en allais sur la route déserte “Je vivais dans le bruit de moi-même” pour rappeler un des plus grands mots de Montherlant ».

Je vous informerai plus tard de son « écriture colorée » et sur le personnage important de Bidou Laloge, qui vit toujours parmi nous.

1. Séraphin, une version cinématographique de 1950 avec Hector Charland dans le rôle principal, réalisé par Paul L’Anglais youtube.com/watch?v=OOSGAYkI12Q et la version de 2002, Séraphin : Un homme et son péché, réalisé par Charles Binamé et mettant en vedette Pierre Lebeau ici.tou.tv/seraphin-un-homme-et-son-peche