Au fil du temps… les saisons – l’hiver

Nous sommes en plein dedans! Nul besoin de vous le présenter, vous l’avez reconnu, vous le vivez, c’est bien l’hiver, la saison… brrr… froide. Il s’amène avec son cortège de désagréments, engelures, dérapages, déneigement, mais il fournit aussi le cadre à une variété de plaisantes activités, à pied, à skis, en patins, en raquettes, en luge et toboggan, ou autrement.

 

La saison la moins chaude de l’année s’étend officiellement du solstice hivernal à l’équinoxe vernal, grosso modo du 21 décembre au 21 mars. Ce qui ne l’empêche pas de s’installer, cette fois encore en 2019, tout comme fin 2018, en début novembre à notre latitude hippolytoise.

 

Oublions les maux qu’on lui attribue, attachons-nous au mot lui-même et à ses dérivés. Le terme hiver provient du bas latin hibernum tempus, la saison (le temps) hivernale. Hibernum a délogé le latin classique, hiems, plus littéraire. Au figuré, hiver renvoie à l’âge avancé, la vieillesse. On entendra ainsi : à l’hiver de sa vie, il s’est détaché du quotidien, perdant peu à peu ses repères. Le mot peut aussi évoquer une période de déclin, de ralentissement, de stagnation d’une activité, d’une entreprise, d’une organisation.

 

Il existe un petit nombre de termes découlant du mot hiver. Hivernal signifie de l’hiver, indique un rapport à l’hiver. On parle d’une expédition, d’une excursion hivernale, qui se déroule en hiver. On dit également d’hiver tout simplement, dans tels syntagmes que sports d’hiver, jeux d’hiver, stations d’hiver, quartiers d’hiver. Par ailleurs, on retrouve la triade hiverner-hivernage-hivernant, qui renvoie au fait de passer l’hiver abrité, ou encore en un autre lieu, moins austère, plus au chaud. Les animaux qui séjournent à l’étable durant la dure saison sont en mode hivernage.

 

Parallèlement, il y a le triplet hiberner-hibernant-hibernation. À distinguer du trio avec un v, le groupe comportant un b s’applique aux animaux qui passent l’hiver endormis, engourdis pour des mois à la suite. Par analogie, on utilise ces trois vocables pour souligner chez l’humain ou une entreprise humaine une période d’inaction, de passivité, d’apathie. On pourrait ainsi dire : frappée d’une aboulie profonde, elle était entrée en une véritable hibernation.

 

On compte aussi deux autres termes moins communs qui, eux, émanent du latin classique court pour hiver, soit hiems. Il s’agit d’hiémal et d’hiémation. On utilise le premier en langage plus soutenu pour qualifier quelque chose de relatif à l’hiver. Le second sert à décrire la capacité de certains végétaux à croître en hiver.

 

L’hiver est à la source de pensées et réflexions diverses exprimées par des maîtres de l’écriture. Victor Hugo nous interpelle : gardez-vous un amour pour vos jours de vieillesse. Allumez de bonne heure un feu pour votre hiver. La froide saison inspire à Shakespeare un constat plus réaliste et résigné quand il écrit : souffle, souffle, vent d’hiver ; tu n’es pas si cruel que l’ingratitude de l’homme. Conscient des effets du temps sur la nature humaine, Rivarol, écrivain français du 18e siècle, connu pour son Discours sur l’universalité de la langue française, souligne que : l’amitié est pour l’hiver ce qu’est l’amour pour la jeunesse. Plus optimiste et radieux, l’essayiste américain Henry David Thoreau (19e siècle) se demande volontiers : quelle flamme pourrait égaler le rayon de soleil d’un jour d’hiver?

 

Qui ne connaît pas chez nous la première strophe de Soir d’hiver, célèbre poème d’Émile Nelligan?

Ah! comme la neige a neigé!

Ma vitre est un jardin de givre.

Ah! comme la neige a neigé!

Qu’est-ce que le spasme de vivre

À la douleur que j’ai, que j’ai!

 

L’hiver fait partie de notre paysage. Le poète chantant Vigneault n’a-t-il pas clamé :

Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver? Qu’on l’aime plus ou moins, il est là pour de bon. Savourons-le, profitons-en à fond, il nous fera apprécier davantage… le printemps! À la prochaine, il y aura du réchauffement dans l’air et dans notre tête!

 

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