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Gilles DesbiensGilles Desbiens

Les anglicismes - Première partie

Tout d’abord, une légère correction à la chronique du mois dernier. La troisième phrase du premier paragraphe aurait dû se lire ainsi : Le mot même aurait dû être barré, pour signaler qu’il faut veiller à le rayer de notre langage.

La dernière chronique, traitant des pléonasmes, avait abordé des mots ou expressions désignés comme calques de l’anglais. Ce mois-ci, et le mois prochain, nous nous penchons sur un thème apparenté, les anglicismes. Le terme se définit comme, dixit Larousse, tournure ou locution propre à la langue anglaise. Il peut s’agir aussi d’un simple mot, image reflet de l’anglais dont le sens en français ne correspond pas à son équivalent anglais. Occasionnellement, le mot français utilisé n’existe même pas.
Je n’ai pas l’intention de recenser un très grand nombre d’anglicismes. Je me limiterai plutôt à un éventail des plus courants, ceux que l’on entend tous les jours, ou presque, dans la rue (et non sur la rue, qui est un anglicisme), en famille, entre amis, dans les médias écrits ou parlés... ou sociaux.


Pardon ?
Pincez-moi, je rêve... ! Aujourd’hui, c’est ma graduation. Je suis nerveux, j’ai peine à focusser. Je ne suis pas confortable avec l’idée d’aller devant tout le monde pour recevoir mon diplôme. Je ne suis pas familier avec une telle situation. Il me faut définitivement adresser ce problème rapidement. J’aimerais bien canceller cette activité. Ma mère fait sûr que je sois bien habillé. Elle met l’emphase sur l’importance d’une bonne tenue. Pour elle, cette journée est un aboutissement, elle fait du sens. Selon elle, ma réussite me rend maintenant éligible à appliquer pour des emplois intéressants, je n’ai qu’à envoyer mon résumé, céduler des appointements, et le tour est joué définitivement. Ça regarde bien, j’ai terminé mon éducation académique. J’ai rencontré les objectifs de ces années d’étude, comme le suggérait le pamphlet du collège, il y a deux ans.

Un vrai cauchemar
Je me réveille brutalement, comme à la sortie d’un cauchemar interminable. Vous l’aurez deviné, le paragraphe précédent est pure fiction. Mais il permet d’illustrer et de visualiser pour notre oreille aux aguets l’effet envahisseur des anglicismes dans notre expression quotidienne.

C’est un défi
Amies lectrices, amis lecteurs, il vous appartient maintenant de relever un défi. Combien d’anglicismes repérez-vous dans le quatrième paragraphe ci-dessus? Communiquez avec moi par courriel gdesbiens@journal-le-sentier.ca ou sur le site Facebook du journal Le Sentier pour transmettre votre décompte et/ou vos commentaires. https://www.facebook.com/Journal-Le-Sentier-240326016318686/ Le mois, prochain, nous passerons ce paragraphe au crible ensemble. Du plaisir en perspective... !

gdesbiens@journal-le-sentier.ca




£A RICH€$$€

Nous nous devons de remarquer l’écart grandissant entre la population pauvre, la classe moyenne et les riches. Il est ahurissant de noter le récent phénomène où les super riches deviennent de plus en plus immensément riches.

Bien qu’aligner des chiffres soit un exercice fastidieux, les statistiques sont révélatrices et nous donnent un aperçu étonnant de la situation. L’opulence est loin d’être une qualité, mais est devenue pour certains une nécessité. « Il ne faut pas s’étonner si la passion des richesses est si violente, puisqu’elle ramasse en elle toutes les autres. » (Bossuet)

Mise en relief
Pour bien illustrer ce phénomène, voici quelques exemples : Six banques canadiennes ont alloué aux employés et dirigeants, pour leurs bons résultats, des primes salariales en sus de leurs salaires réguliers pour plus de 10 milliards $ (1). La Chine comptait trois milliardaires en 2003, mais 130 en 2009. La richesse nationale en Inde des 100 plus riches représentait 0,4 % en 1998 : en 2009, 25 %. En France de 1998 à 2005, les très riches (1 % de la population) et les riches (10 % de la population) ont vu leurs revenus s’accroître de 19,4 % et 8,7 % respectivement (2).

Les cinq individus les plus riches au monde voient leur fortune évaluée selon Forbes entre 86 et 56 milliards. Tous ensemble, ces cinq ultra-riches cumulent plus de 375 milliards. Si on assume une fortune fixe de 30 milliards à 1% d’intérêt après impôt, cela représente annuellement plus de 300 millions de gains soit 800 000 par jour. Comment un individu peut utiliser cela? Selon Yahoo, le salaire annuel moyen en 2010-11 des joueurs professionnels de basketball est de 5,2 millions, ceux de baseball de 3,3 millions et de hockey 2,4 millions.

Argent = bonheur
Pendant ce temps-là, loin de la stratosphère des individus plein aux as, la plupart des gens tentent par tous les moyens d’être heureux en achetant des billets de loterie, accumulant des coupons-rabais, se tapant divers emplois et en marchandant en visitant plusieurs commerçants.
On se doit de se référer à l’apothème « L’argent ne fait pas le bonheur », bien que ce rapprochement n’est pas réaliste puisque la notion de bonheur n’a jamais été clairement définie. Le bonheur entretient trop de concepts imperceptibles et comporte des ramifications comme une bonne santé, un esprit ouvert, la liberté, l’équilibre loisir-famille-travail qui ne sont pas toutes reliées à une grande richesse. Être super riche est loin de vous prémunir de soucis. Si on examine la liste des 25 plus riches au cours des 40 dernières années, il existe peu de ressemblance avec celle d’aujourd’hui. Les fortunes s’effilochent au gré des tendances et des générations. « Le plus riche est celui qui a le moins de désirs », nous a dit Eugène Scribe. Et pourtant, le désir est une espérance de bonheur.
Arnold Schwargenegger a dit de façon très subtile qu’« avoir plus d’argent ne rend pas plus heureux. J’ai 50 millions, mais je suis aussi heureux que lorsque j’avais 48 millions ». Le bonheur est irrémédiablement relié au plaisir qui ne requiert pas d’investissements pour se créer. Il n’y a pas de recettes de bonheur : par contre, des comportements pour atteindre cet état de conscience qu’est le bonheur peuvent être entrepris pour éviter la souffrance et le malheur. Dirigeons-nous vers cet état.


Le cas du peintre Vincent Van Gogh
En conclusion, mentionnons l’horrible ironie de l’impact de la richesse. Les toiles de celui-ci se sont vendues à des prix atteignant des sommets inimaginables. Le tableau Portrait du docteur Gachet avec branche de digitale s’est vendu à 82 millions en 1990, et trois autres dans les années 90 pour 182 millions, près de 264 millions pour quatre toiles. Pauvre Vincent. Durant sa très courte et pauvre vie, il n`a vendu qu’une seule de ses toiles... l’équivalent de quelques centaines de dollars... à son frère Théo, le seul qui reconnaissait son talent.
(1) Articles du 11-12- 2012 et 29-7-2017, Martin Vallières, La Presse.
(2) Hervé Kempf, L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie, Éditions Points.


Texte : Robert Riel