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Gilles DesbiensGilles Desbiens

Un peu pot-pourri

En ce mois de novembre, moment de l’année où les feuilles des arbres déjà tombées commencent à se décomposer, à pourrir, allons-y à notre tour avec un pot-pourri de termes incorrects et expressions fautives que nous entendons tous les jours ou presque.

D’abord une brève parenthèse à propos du mot composé pot-pourri. Nous savons qu’il réfère ici à un assemblage hétéroclite de choses réelles ou intangibles. Au sens premier et historiquement, il désignait un ragoût fait de viandes diverses et légumes, mijotés et souvent cuits très ou trop longtemps qu’on pouvait qualifier de pourris, à la limite impropres à la consommation. On sait aussi qu’il réfère à une œuvre musicale regroupant plusieurs extraits de pièces différentes, ainsi qu’à un bouquet de fleurs séchées.

Est-il aussi pire…
Entendu communément sans que plus personne ne réagisse, le couple moins pire. On ne peut dire la situation est moins pire que je pensais. Pourquoi? Simplement parce que pire est déjà un comparatif signifiant plus mauvais(e) et qu’il serait inapproprié de dire que la situation est moins plus mauvaise. On dira plutôt la situation est moins grave, moins sérieuse, moins inquiétante. Diriez-vous plus pire, bien sûr que non. Alors, pas davantage moins pire!

… de vous partager sans aucun frais…
À maintes reprises, vous entendez laissez-moi vous partager mes impressions, mon opinion, mes souvenirs. C’est incorrect, car on ne peut partager à quelqu’un, mais on dira volontiers partager avec vous… ou laissez-moi vous faire part de…. Certaines personnes diront y a-t-il un frais pour ce service? On lit aussi occasionnellement sans aucun frais. Dans le sens de coût ou dépense, frais est essentiellement au pluriel. On se doit donc de dire y a-t-il des frais et sans aucuns frais. Comme frais est toujours au pluriel, aucuns s’écrit aussi au pluriel. Ne prend aussi que la forme du pluriel est le terme funérailles. On renoncera donc à dire une funéraille.

… que d’avoir des items non répondus ?
Combien de fois ne vous a-t-on pas demandé dans un magasin ou ailleurs, avez-vous été répondu(e) ? ou votre question a-t-elle été répondue? Cette erreur syntaxique est à bannir de votre langage. La forme passive de répondre n’existe pas. Vous direz donc Vous a-t-on répondu? ou a-t-on répondu à votre question? Un autre mot donnant lieu à un mésusage est item. On le voit et on l’entend souvent dans les commerces ou la publicité, ou lors de réunions d’organismes. Aux items à l’ordre du jour, on substituera les points à l’ordre du jour, et on remplacera items disponibles en magasin par les produits ou les articles offerts en magasin.

Pas davantage supportables !
On entend constamment, presque quotidiennement, donnez-nous votre support, supportez votre candidat, supportez notre cause. C’est un usage inexact. Supporter et support ont trait à quelque chose de matériel qui soutient, maintient une charge ou une structure, comme des colonnes supportent la partie haute d’un édifice. Vous soutenez, vous appuyez un candidat, vous lui apportez votre soutien, votre appui. Autrement si vous ne supportez pas votre voisin, c’est que vous ne pouvez pas l’endurer, car c’est là le second sens de supporter. Et vraiment, il est peut-être réellement… insupportable!

Le mois prochain, c’est décembre, c’est Noël, un thème de neige vêtu !
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O.B.S.E.R.V.E.*

* acronyme pour « Oui, Bien Sûr Examine Rigoureusement les Vrais Effets »
La nouvelle technologie liée aux télécommunications nous apporte beaucoup de bienfaits, mais vient aussi contrecarrer ou amoindrir les vertus naturelles de l’observation. Les applications logicielles nous fournissent énormément de renseignements et d’études pour notre culture personnelle, mais néanmoins réduisent notre faculté de réfléchir sans artifices grâce à l’observation intense.

Savoir observer de façon neutre les phénomènes de la nature, les comportements et le langage corporel des êtres humains et des animaux, les soubresauts des événements sociaux et leurs ramifications, les sous-entendus dans les conversations et autres messages exige un certain niveau d’attention. « La connaissance s’acquiert par l’étude, la sagesse par l’observation » (anonyme).

Le plaisir de l’observation
L’observation, qui est une action de suivi attentif sans influencer le sujet étudié, nous apprend à nous servir de nos cinq sens et de les tenir éveillés. Nous n’affirmons absolument pas que les développements technologiques doivent être limités, ou encore plus malsain de dire, d’être surveillés : toutefois, ceux-ci devraient nous permettre de nous épancher et scruter les faits qui nous sont révélés.
L’observation, qui s’accomplit à n’importe quel moment donné, nous permet de récolter des évidences, établir des liens, noter des faits, faire des choix, élaborer des preuves. « Un fait mal observé est plus pernicieux qu’un mauvais raisonnement », affirme sans équivoque Paul Valéry. Elle nous donne aussi l’occasion de faire l’éloge de la lenteur, car une scrutation sérieuse requiert une méditation débonnaire, des errements de pensées, un vagabondage de l’esprit. Effectivement, le raisonnement par l’observance est un exercice fascinant qui exige des qualités mentales comme le désintéressement et la patience.
On oublie que les efforts de réflexion dans le cheminement d’une observation fournissent un certain niveau de jouissance. Prendre le temps de voir et de surtout de bien regarder amène à la contemplation et l’introspection puisqu’elle mobilise notre attention. Cet état d’esprit facilite l’expression des sentiments. C’est pourquoi Jean-Paul Wenzel a dit que « l’artiste est un observateur ».
On peut aussi remarquer cette passion auprès d’observateurs chevronnés comme les œnologues (vins), les ornithologues (oiseaux), les entomologistes (papillons), les herpétologues (serpents). Ceux-ci s’attardent à examiner avec une attention intense le sujet intéressé, le contexte et l’environnement intensifiant ce regard en faisant usage de tous leurs sens.


L’éloge de l’observation
Les lecteurs (les intrigues de Sherlock Holmes ou Nestor Burma ou Georges Simenon) et les téléspectateurs (Hercule Poirot, CSI, District 31) sont pourtant férus des héros qui persistent et trouvent les solutions à l’énigme ou le déroulement exact des événements, grâce à la réflexion, l’émission d’hypothèses et l’observation méticuleuse. La popularité de ce type de trame et leur dénouement devraient nous encourager à faire appel à notre propre sens d’observation et notre pouvoir de déduction. Toutefois, une déduction doit respecter des règles logiques sinon elle cache des pièges qui peuvent s’avérer embêtants ou ennuyeux. « Observer, c’est perturber », affirme Hubert Reeves.
L’observation nous permet d’atteindre un niveau de conscience plus élevé, nous donne parfois une vision différente d’un contexte et facilite une meilleure préparation face à l’imprévu. J’observe, donc je suis.


Texte : Robert Riel